Catégorie: Roman

août 9th, 2016 par Jean Sebillotte

Cher ami,

À mon tour de commenter un de vos livres. L’Herbier m’est bien parvenu. J’ai profité d’une semaine en Espagne pour le lire page après page. Le livre s’y prête par sa forme même. On suit l’histoire de cette famille qui est décrite pour aboutir au fils, dont je n’ai pas trouvé le prénom, qui, à la fin, reste seul dans la maison des parents, sur le dessus de la terre, ses parents étant désormais en-dessous…

« Le petit a grandi, il essaie de comprendre pourquoi Roger et Colette s’aiment et se haïssent, en même temps. » Effet de typo et de style. Le style. Vous m’aviez suggéré d’en mettre davantage pour le second roman, je crois. Dans L’Herbier, il est remarquable et je suis tombé  sur de multiples trouvailles qui m’ont plu et parfois étonné.

Le livre n’est ni gai ni optimiste. Il est même cruel. La vie vaut-elle d’être vécue ? Dieu ne répond pas, existe-t-il ? La destination est le cimetière. La vieillesse peut être un terrible naufrage. Le père apprend à l’enfant à faire un herbier, « doux cimetière de la nature morte ».

« On est heureux pour quelques heures, ou un peu moins malheureux »… « Croient-ils pouvoir être heureux ensemble » ?

« Heureusement il reste les mots »… « pour un  avenir vertigineux ».

*

C’est, pour moi, un beau livre que j’ai quitté pensif, d’autant que je lisais en même temps Les âmes grises tout aussi sombre.

Merci

Jean S.

 

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juillet 21st, 2016 par Jean Sebillotte

 

 

Ce livre lu dans ma jeunesse, en 1956, à un moment de maladie, de fatigue extrême et de stress, m’avait fait grande impression, comme le film célèbre de Bresson. Une amie, Monique Gosselin, universitaire spécialiste de Bernanos, a écrit récemment un essai approfondi, « Bernanos romancier du surnaturel » aux Éditions Pierre Guillaume de Roux, où elle rend compte de la modernité de six des œuvres de Bernanos « jugées souvent désuètes » qui « peuvent cependant toucher les lecteurs d’aujourd’hui, fussent-ils étrangers au catholicisme, voire au message chrétien ».

Livre Monique Gosselin.netLa relecture m’a plu. Mais il est vrai que j’ai été imbibé de religion catholique. J’en sais les fondements, les rites, la place de la hiérarchie et des clercs, donc d’un curé, dans l’Église.

Ce qui m’a frappé est la qualité de l’écriture. Ce qui fascine aussi c’est le personnage de ce prêtre « au douloureux itinéraire… vers une sainteté qui s’ignore ». Le livre peut rebuter. Il a vieilli quand il décrit la vie institutionnelle et humaine du curé d’une petite paroisse rurale dans les années 30. Il demeure vigoureux pour quiconque se sent concerné par le « surnaturel », le bien, le mal, le péché, la mort, la grâce… le Christ et son message…

Le curé d’Ambricourt est un être pur, qui se heurte à lui-même, à ses paroissiens et à leur manque de foi, au monde et aux compromissions de l’Église.

Je suis incapable, ici, de résumer un tel livre. Lisez-le ! Ensuite lisez Monique Gosselin. Ou inversement !

JS

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juin 16th, 2016 par Jean Sebillotte

Couverture de Dautheuil sans blanc net

Amis  lecteurs, voici  paru « FALLAIT-IL TUER CHRISTOPHE DAUTHEUIL POUR CETTE HISTOIRE DE FAMILLE ?  Le titre est un peu long  peut-être, mais c’était là le meilleur après FRED, le titre très bref du roman précédent. À peine sorti, il fallait l’annoncer ici ! L’écrivain non blasé a toujours un petit coup au cœur quand il reçoit son livre imprimé. C’est l’aboutissement de tant de mois, et pour moi d’années, de travail. Reste maintenant à le diffuser et, pour vous, à le lire. C’est un polar mais aussi un roman sur une famille…

4e de couverture *

« Christophe Dautheuil, pharmacien parisien, est tué devant chez lui. Aimé Furetière, journaliste du site internet Les Nouvelles de Paris, couvre ce fait divers. Puis l’affaire s’enlise jusqu’au jour où est connue l’existence du Journal que tenait le mort sur l’histoire contemporaine de sa famille. Il y a donc deux enquêtes successives, celle très intérieure de Christophe puis celle d’Aimé, deux regards qui se suivent et se complètent. Celui du journaliste devient de plus en plus intime…
Ce roman s’attache à une famille actuelle de la bourgeoisie parisienne. Le meurtre – en est-ce un ? – est-il lié à cette histoire que veut écrire Christophe ? Ce dernier est-il mort d’avoir voulu l’écrire ? L’intrusion d’un personnage étonnant, Hector, les rebondissements de l’action permettront d’approfondir la connaissance de la tribu des Dautheuil bien au-delà du simple aspect policier de l’affaire.

Jean Sebillotte a vécu une vie d’agronome, d’économiste, d’enseignant mais aussi de peintre, exposant durant trente ans, et de poète. C’est là son troisième roman. »

                                                                               18 euros

                                                                     Se procurer ce livre :

– Chez l’éditeur Éditions Bord du Lot – ZA du Bel Air – 47380 Saint Étienne de Fougères Tél 05 53 49 45 23. commande sur le site http://www.bordulot.fr/detail-fallit-il-tuer-christophe-dautheil–224.html

– Sur le site du distributeur Gallix dans quelques jours//gallix-librairie.com/. Les frais d’envoi sont voisins de zéro.

– À Versailles Librairies Antoine 16 Rue du Général Leclerc – 01 39 50 76 66 et La Vagabonde  40 Rue d’Anjou, 78000 Versailles – 09 73 68 88 77

– À Porchefontaine à la librairie de la rue Coste et chez l’auteur 06 63 24 39 58 – Site  https://jean-sebillotte.fr/

 – Les autres libraires sont à persuader car les frais de la commande à Bordulot mangent leur marge… Néanmoins, en insistant, on doit pouvoir les convaincre. Préciser que c’est à « compte d’éditeur » et que la maison Bord du Lot (petite certes) a pignon sur rue !

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juin 3rd, 2016 par Jean Sebillotte

 

Une première lecture, il y a bien longtemps, de Poil de Carotte, enfant persécuté par sa mère. Ce livre très connu de Jules Renard, m’avait laissé un souvenir très fort.

De courts chapitres, de petites pièces comme autant de petites nouvelles et de petites scènes de théâtre. À chaque fois  un titre (on en trouve la longue liste dans la table des matières). Peu de personnages : madame Lepic, monsieur Lepic, grand frère Félix, sœur Ernestine, Honorine puis Agathe et Lui, Poil de Carotte.  Un aperçu par cet extrait :

                                                                              « LES POULES

                –  Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les poules.

                C’est vrai… (ici j’abrège)

                – Felix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic à l’aîné de ses trois enfants.

                – Je ne suis pas ici pour m’occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron.

                 – Et toi Ernestine ?

                – Oh ! moi, maman, j’aurais trop peur !

                Grand frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.

                – Dieu que je suis bête ! dit madame Lepic, je n’y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules.

                 Elle donne ce petit nom d’amour à son dernier né, parce qu’il a les cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte qui ne joue à rien, se dresse et dit avec timidité :

                – Mais, maman, j’ai peur aussi moi.

                – Comment ? répond madame Lepic, un grand garçon comme toi ! c’est pour rire. Dépêchez-vous, s’il vous plaît !

                – On le connaît, il est hardi comme un bouc, dit sœur Ernestine.

                                               Et cela continue pour finir ainsi :

                – Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs.

 

Le récit du POT est plus terrible… On mesure la peine de l’enfant…  Petit à petit, une vie de famille se révèle où monsieur Lepic apparaît comme le moins redoutable des acteurs, ce qui sauve probablement l’enfant. Moi, je bous à chaque fois que je lis cela. Jules Renard est un auteur qui reste et restera. Un jeudi soir, le 26 mai, Christophe André a vanté Le Journal de Jules Renard. C’était à la Grande librairie, sur France 5… Si l’adresse convient encore,  cliquer là-dessus pour retrouver l’épisode: http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie/diffusions/26-05-2016_481543

Si je dois vivre un peu, je le lirai, ce journal, je le lirai ! Il existe en version abrégée

JS

 

Édité en PRESSES POCKET avec préface de Jacques Perret

Jules Renard

 

 

 

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décembre 15th, 2015 par Jean Sebillotte

Terspsichore 2     Poésie et prose, voilà un gisement de sujets de dissertation. Voir des corrigés sur internet et, probablement, dans des annales littéraires !  À l’autodidacte que je suis, tout paraît neuf et tout semble avoir été dit sur l’écriture qu’elle soit de prose ou de poésie. Pourtant, je la vis cette écriture, je la pratique et l’expérimente… Et je constate que de m’atteler au roman, me rend plus difficile la poésie.

La difficulté vient-elle de l’intrigue ? Comment écrire 200 pages sans elle ? Vient-elle des personnages ? En poésie, le « je » me semble prédominer. Dans le roman, il s’agit de faire s’exprimer des personnages et de les habiter. Ainsi, certains, peu nombreux, ont jugé Fred peu crédible. Il me semble, pour synthétiser les critiques, qu’il est « trop ». J’aurais dû peut-être le simplifier et mieux l’expliquer. Avec sa femme, il aurait dû se cultiver, s’inscrire dans un groupe d’écriture, lire beaucoup en ayant un petit boulot alimentaire. Sa passion littéraire d’autodidacte l’aurait poussé vers le 6e de façon plus crédible comme ses relations avec René et Ingrid. Son passé de résilient aurait expliqué son attirance-répulsion pour le monde des SDF… Cette personnalité si riche aurait été mieux comprise.

Peut-être…

Imagine-t-on ces problèmes quand on écrit de la poésie ? Les pièces que j’aime écrire sont brèves. L’écriture en est ardue. Il m’est arrivé de mettre quatre ans à résoudre le problème que me posait un quatrain !

Cet été, Terpsychore, association de poètes, m’a demandé un poème. J’étais en province, fort démuni. J’ai accédé à mes « réserves », assez insuffisantes je penses, et j’ai fourni le poème suivant :

 

À l’été

 

Étonnante cornue,

L’été, en nos logis,

Réchauffe nos corps nus

Qu’il délaisse rougis,

Allongés et brûlants,

Aux désirs  inassouvis,

Aux pensers indolents

Aux secrètes envies.

 

Étranges nudités

Fantasmes inavoués

Moiteurs imméritées,

Aux siestes dévoués.

 

Été des volets clos

De la lumière rare

Des gestes à peine éclos

Des caresses sans fards,

Que j’aime ta chaleur.

 

Mais,

S’en vient subreptice,

L’Équinoxe voleur,

Ce cadeau du solstice,

Nous noyer de ses pluies

Pour emplir à nouveau

Nos nappes et nos puits

Qu’il remet à niveau.

 

Ce texte insuffisamment travaillé, rédigé peut-être dans la hâte, une fois édité (Anthologie poétique Terpsychore n°75), m’a laissé insatisfait. J’y suis prisonnier de la rime, de l’alternance et des six pieds retenus. Je viens, alors que mon roman est en stand by, en situation d’attente pour relecture, de me remettre à travailler ce poème. En voici la forme améliorée, plus libre et, pour moi, plus poétique car plus musicale et plus légère :

 

Étés

Des corps nus,

Rougis et brûlants,

Étés inassouvis

De pensers indolents,

De secrètes envies,

De fantasmes inavoués,

De moiteurs imméritées,

 

Étés

Des volets clos,

De la lumière rare,

Des caresses sans fards,

Étés,

Aux siestes voués,

Étés,

Étonnantes cornues,

 

Étés,

Méfiez vous :

L’équinoxe et le solstice,

Ces  retors,

Subreptices

Et voleurs,

Viendront rendre froides des ardeurs

Et geler des remords

Qu’ici j’avoue.

 

Faut-il pour la prose un tel travail ? Je ne le sais pas. Mais je sais maintenant combien il m’est difficile d’écrire un roman avec une écriture poétique.

J’en admire encore plus Victor Hugo, grand poète et grand prosateur. Qui conteste son génie ? Cela va bien au-delà des questions techniques. Mais il m’apparaît qu’il avait ce don extraordinaire d’utiliser l’ensemble des figures de styles dont les poètes sont friands, qui vont de l’antiphrase à la synecdoque (Les voiles au loin descendent vers Honfleur) en passant par l’antithèse  (…un homme est là… Qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile…). Et dans sa prose, il était capable de la même performance. Combien de phrases des Misérables sont des alexandrins fort bien balancés.

Bref, j’ai beaucoup  à apprendre et il est bien tard dans ma vie !

Jean Sebillotte

 

http://www.espacefrancais.com/les-figures-de-style/#La-synecdoque

http://www.poesie-terpsichore.eu/

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