Catégorie: Ecriture
décembre 26th, 2012 par Jean Sebillotte
C’est lors de l’une de ces réunions d’anciens qui se souviennent de leur jeunesse que Gerald Leclerc et moi nous nous sommes retrouvés après 52 ans de silence. Il en est résulté une page conjointe où sont de lui les photos de ses « Lierrofolies » — fragments d’un lierre écorcé pouvant embrasser son supports ligneux —, et de moi les vers qui tentent de leur correspondre…
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Publié dans Ecriture, Poesie Etiquette: Gerald Leclerc, Lierrofolies, poèmes imagess, sculpture et poésie
novembre 26th, 2012 par Jean Sebillotte
Il n’est pas aisé à tous de s’exprimer sur internet, surtout à notre génération. Il n’est pas non plus aisé de parler à un de ses proches de ce qu’il écrit ou produit. Ceci explique que je recueille de nombreux avis oraux ou écrits tout simplement dans des mails. Je vais tenter d’en traduire certains ici.
1 – A propos de mon blog, cet avis : « Bravo pour ton blog et tout ce qu’il montre de ta vie créatrice et intellectuelle ! Et il est très bien fait. » Voilà qui fait plaisir et qui récompense de l’effort consenti !
2 – A propos de mon roman, j’ai eu certaines conversations avec des proches qui tournent autour de quelques idées centrales.
« Il fallait le faire ! » Autrement dit bravo d’être allé au bout. Fallait-il le publier ? Question que je me pose depuis longtemps (le 10 juin j’évoquais cette question dans ce blog). Dans l’ensemble mes interlocuteurs pensent que j’ai eu raison d’aller au bout, y compris de la publication à compte d’auteur. Moi, je ne sais pas. La question mériterait d’être fouillée. J’esquisse ici quelques considérations à ce sujet. La première : le livre une fois livré au « public » m’est devenu comme étranger et je peux passer à l’œuvre suivante avec l’illusion et la certitude que je l’aborderai avec plus de méthode et de façon plus romancée, en référence à Kundera ― personne n’a réagi à la citation que j’ai insérée dans Henri ou le legs…. ―. De Kundera j’ai retenu qu’il importait d’avoir un thème fort dans un roman. J’en ai trouvé un que je ne dévoilerai pas ici. Bien sûr j’avais le thème du premier roman mais il n’est pas aussi fort que cela. Seconde considération : avec du recul, je m’aperçois que j’ai eu le culot de parler de l’écriture d’un roman alors que j’en écrivais un pour la première fois, et de façon que je juge imparfaite ! Un troisième point de vue : dorénavant mes proches me demandent ce que je vais écrire…comme s’il était normal et légitime que je persévère !
Mon roman serait « autobiographique. » Enfin ce n’est pas exactement cela : il serait « bien de toi, » (c’est moi qui traduis ainsi la pensée de mes interlocuteurs). Plus précisément « on t’y retrouve, on y reconnaît tes idées. » Ou encore : « c’est toi éclaté. » C’est sûrement vrai. Mais il est certain qu’il y a toujours quelque chose de soi quand on écrit…Pourtant que de choses imaginées dans Henri et ses personnages. Aucun qui me soit proche. De Newark et de Bécon-les-Bruyères, je ne sais rien de plus que ce que j’ai écrit. Je n’ai jamais été au Proche-Orient ni au Darfour, ni en Indochine…De la CIA et du pétrole que sais-je ? De la Tunis de ma jeunesse, je n’ai retenu que le nom d’une avenue et d’une famille ! Il est vrai qu’il n’en va pas de même du quartier latin. Quant à Versailles, il m’était commode de l’utiliser puisque j’y habite. En définitive, il y a bien peu de moi, sauf à travers Henri, peut-être, la manie des idées ! Mais suis-je bien placé pour donner un avis ?
L’intrigue étonne. Ce qui me plait. Personne ne m’a dit : « cela me fait penser à… » Voilà un grand compliment non formulé. Il en va un peu de même pour ma peinture et ceci depuis l’origine. De plagiat, point. L’histoire paraît compliquée à certains et presque tous mes lecteurs ont eu de la peine à entrer dans le roman. Là, je me rends compte que j’ai certainement mal goupillé le début, car la suite semble couler plus facilement.
Enfin, mon style n’appelle pas de critiques véritables. Le livre est lisible. Certains ont trouvé qu’il « était bien écrit. » Pour les dialogues, je ne suis vraiment satisfait que du langage de Paulette et du détective final. Voilà une des difficultés du romancier que j’ai découverte et qui me fera beaucoup travailler à l’avenir.
Enfin personne ne m’a dit ou osé me dire : « c’est nul à chier. » Sincérité ou manque de courage ?
Certains par contre ont été sensibles aux fautes d’orthographe et de typographie…
*
Faut-il réécrire un livre déjà publié ? Voici l’avis d’un neveu très cher :
« Je crois du reste, pour ce qui concerne ton roman, et même si je comprends l’envie de le « reprendre », qu’il serait peut-être plus fructueux de te mettre à un autre texte, plutôt que d’en livrer une version de plus. Il est un moment où l’on a « rendu sa copie » et ce qui est perçu comme améliorable est seulement un acquis pour le prochain livre, une conscience de plus de ce qu’est le travail littéraire. De fait, on passe sa vie à se remettre au même « ouvrage », à dire (tenter de) la même chose, mais à chaque fois à partir de briques différentes. Il serait peut-être plus dynamique de démarrer un autre projet, nourri de toute l’expérience acquise, quitte à reprendre des manières et propos déjà travaillés et mis en mots dans cet « Henri » inaugural. Pour ma part, je n’en ai pas encore repris la lecture, car il me reste bien en mémoire (dans ses états antérieurs successifs) et je crains si je ne laisse pas passer un peu de temps, de ne pas être suffisamment « naïf » pour goûter cette version largement revue. »
*
Voici un autre échange à propos d’Henri : Tout part d’un mot reçu le 15 octobre 2012
Cher Jean,
J’ai bien reçu votre livre et ai attendu de l’avoir lu pour vous parler. Il est d’une telle richesse et d’une si grande complexité narrative et thématique qu’au début on s’y perd un peu, et que sa lecture demande un constant effort de récapitulation, de repérage, de “rétablissement”. Il y a de très belles pages sur le plan humanitaire et historique, votre expérience est un riche terreau, et on comprend que vous ayez voulu en faire un livre. Mais étant donné la problématique de la narration, et le “mystère” d’un legs qui livre sans livrer tout en livrant, peut-être, le mystère essentiel, j’aurais aimé que votre livre fût plus volumineux, car il me semble que vous pouviez “exploiter” (pardon pour ce verbe) tout ce vécu avec plus de “littérature” (au bon sens du mot, je crois qu’il y en a un…).
On s’attache beaucoup au personnage d’Henri, qui cultive avec un grand art, voire un peu de perversité, les zones obscures de sa vie. Le lecteur que je suis, et qui a beaucoup aimé et étudié l’auteur sous l’auteur, les personnages cachés dans le je, qui cumule l’universalité des pronoms de la conjugaison, a parfois regretté, comme “l’équipe rédactionnelle” de sa vraie-fausse et impossible autobiographie, d’être souvent promené d’une hypothèse ou d’une angoisse à une autre… Même si j’ai été sensible, bien sûr, en tant qu’ancien étudiant parisien, à tout ce qui passe dans votre livre de notre lourd et compliqué passé (le passé ne l’est-il pas toujours) ?
Votre livre est une sorte de gageure, de lutte contre le temps, l’oubli, les erreurs commises ou omises tout au long de nos existences. C’était très audacieux, et je ne vous dirai pas, très franchement, que votre pari est entièrement gagné, mais qu’on ne peut rester insensible à ce que vous avez voulu dire – et qui est si difficile à dire
Ce qui m’a principalement épaté, dans votre livre, qu’on hésite quand même à appeler un roman, c’est votre vaste connaissance de quantité de problèmes politiques, nationaux ou internationaux, que vous exposez parfois de façon trop elliptique ou trop savante pour le lecteur moyen que je suis (en économie en tout cas !), et qui doivent intimider pas mal de “littéraires”. Un peu plus de “lubrifiant” psychologique ou littéraire m’aurait personnellement aidé à suivre le développement et l’action de vos personnages, qui sont très peu décrits “de l’extérieur”…
Ne prenez pas mes remarques, cher Jean, pour une critique négative de votre livre, je vous remercie de me l’avoir adressé et ai pris beaucoup d’intérêt à faire le tour de ce “monument à Henri”. Je me demande même, indiscrètement, comme doit le faire tout lecteur accroché, quelle part de vous-même il y a chez Henri. C’est le grand et éternel secret de la littérature, qui fait semblant de livrer des clés, alors qu’elle verrouille bien davantage les placards avec leurs “cadavres” !…
Un dernier point (mais non le moindre !). Je dois vous avouer franchement que je ne trouve pas l’aspect typographique et orthographique de votre livre “à la hauteur” de son ambition et que, sans être spécialement puriste, je regrette que votre imprimeur n’ait pas eu dans son équipe quelqu’un capable de relire attentivement le texte, pour éviter les très nombreuses coquilles…
Cher Jean, merci encore de votre envoi et de votre confiance, je vous adresse l’expression de mes sentiments les plus amicaux,
Jean-Paul Colin
Ce que j’ai écrit le 18 octobre 2012
Cher Jean-Paul,
Je tarde, je tarde…avec de bonnes raisons. Mais elles n’excuseraient pas un silence trop prolongé.
Votre longue analyse m’a beaucoup plu. OK mille fois pour la forme typographique et orthographique. C’est le piège de l’auto édition !
Sur le volet « autobiographique », je répondrai plus tard.
Reste la longueur, la difficulté d’entrer dans le livre et autres défauts. J’en suis conscient. Je peux même dire que j’en étais conscient au moment du passage à l’acte de l’édition.
Enfin, il y a cette question de la « littérature » et du « roman. » C’est bien difficile. Par analogie je pense à mon fils hautboïste qui se désolait du son de son instrument, son qui n’était pas assez « rond. » Comment définir la rondeur de ce son du hautbois ?
Sachez que je suis tenté par la réécriture partielle de cet ouvrage (en en changeant le titre…simplement). Pour le début du roman je vois bien que j’ai trop compliqué les choses. Il fallait adopter une chronologie différente. Le personnage de François est trop « pâle, » etc. De manière littéraire pourquoi ne pas introduire un narrateur omniscient extérieur au « Je » actuel. Bref il y a des tas de choses à améliorer…
Je complèterai ultérieurement cette réponse rapide !
Très cordialement et mille mercis pour cette lecture attentive et justement critique.
Jean S.
PS – Je me suis lancé dans un blog. En voici l’adresse : https://jean-sebillotte.fr/. Est-il concevable que j’y intègre votre texte ? A moins que vous ne le mettiez vous-même en commentaire ? A moins que vous ne souhaitiez pas de publicité, mais qui connais Jean-Paul sans son nom de famille ?
Réponse de Jean-Paul Colin du 18 octobre
Cher Jean,
Merci de votre réponse, on pourra recauser de tout cela, je pense ! D’accord pour me “faire de la pub avec votre blog ! L’amour-sale d’auteur, on sait ce que c’est ! »
Bien amicalement,
Jean-Paul
Publié dans Articles, Ecriture Etiquette: avis sur Henri, avsi sur le blog
novembre 22nd, 2012 par Jean Sebillotte

Ce livre remarquable, dont j’ai inséré les deux couvertures dans cet article, traduit la trace profonde laissée par Michel, mon frère, décédé le 7 avril 2010. J’ai été associé à cet hommage qui comprend une introduction intitulée « Vie et œuvre de Michel Sebillotte : quelques repères » rédigée par Jean Boiffin.
Je participe à ce livre par un article sur la genèse de Ferti-Mieux. J’étais à ce moment -là, au ministère de l’environnement, l’animateur d’une équipe, » la mission Eau-Nitrates « , chargée d’animer l’action qui débutait pour limiter la pollution des eaux par les nitrates et phosphates d’origine agricole (qui sera étendue plus tard aux pesticides). A ce titre, la mission assurait le secrétariat d’un comité (le Corpen) rassemblant toutes les personnes morales et physiques concernées. Mon article traite donc d’un aspect particulier de l’action où Michel a joué un rôle majeur. Mais j’ajoute ici ce que je n’ai pas écrit : le Corpen et la mission avaient largement préparé le terrain, mobilisant beaucoup des agronomes de terrain qui avaient été formés par Michel et son équipe d’enseignants de l’Agro, et finançant de nombreux travaux effectués dans la France entière. J’ajoute aussi que j’’étais moi-même membre des deux comités qui « géraient » l’opération Ferti-mieux.
Mais notre collaboration à tous deux, nos relations étaient plus anciennes. Je pense intéressant ici de donner un complément à l’article de Jean Boiffin et un aperçu sur mon propre parcours.
*
Michel et moi étions les aînés d’une famille de cinq. Du fait de la guerre, de facteurs propres à lui, Michel était en retard dans ses études et moi en légère avance. Pour mes parents il n’y avait pour nous qu’un collège possible, près de Tunis , qui se muait en un simple internat quand, à partir de la 3ème, nous allions au lycée de Carthage. Ainsi, malgré les deux ans qui nous séparaient, nous nous sommes trouvés dans la même classe, de la 6ème à la première. Michel resta ensuite en France pour la terminale et moi en Tunisie. J’y fis avec succès Sciences Ex. Il me fallut cependant refaire une année de terminale en France pour entrer en préparation au lycée Henri IV. J’y rejoignis mon frère qui avait repris une année d’avance…Mais lui en cube, moi en carré, nous nous sommes retrouvés dans la même classe ! Encore une fois ! Puis condisciples à l’Agro !
Etrange destin dont je tairai ici les arrière-plans, sauf pour souligner combien il a impliqué de rivalité et de complicité. De là vient à mon avis une partie de la rage au travail de Michel, de sa volonté de réussite. De nos parents aussi, car les cinq enfants sont des acharnés, me semble-t-il.
Ce que dit Jean Boiffin sur Maknassy (l’exploitation créée par mon père, gérée par lui avec l’appui constant de ma mère) et le rôle paternel est justement souligné pour Michel.
Il l’est pour moi !
J’ai dans ce blog fait largement mention du 6ème tome des mémoires paternelles. Le lecteur peut s’y reporter, puis les commander et se mettre à lire. Il comprendra.
Michel, très tôt, comme aîné, se voyait en « repreneur », en « successeur potentiel ou associé » de mon père qui lui a clairement signifié que la ferme (mot impropre toujours utilisé) ne pouvait pas faire vivre deux ménages.
Si mon frère aîné voulait être agriculteur et à défaut peut-être agronome, je ne voulais pas du tout devenir agriculteur, mais pourquoi pas agronome ? L’économie agricole m’attirait, un peu pour les mêmes raisons. Mon père nous a bien inculqué (plus par l’exemple de sa vie, et l’exposé de ses problèmes que par une pédagogie particulière) que tout se tenait. De là vient notre conscience aigüe de la notion de « système. » Ma vocation pour l’économie est, elle aussi, fondée sur le fait que tout se tient dans une exploitation agricole. S’y ajoute la perception très vive de l’importance de l’argent pour un agriculteur. C’est à Maknassy que j’ai appris cette loi essentielle qui veut que le dernier quintal fasse le revenu. Plus tard j’ai dû expliquer aux écolos qu’il était rationnel de mettre plutôt trop d’un engrais azoté peu cher que de risquer de perdre les derniers kilos ou quintaux d’une céréale (toutes choses égales par ailleurs) !
*
Ce détour pour éclairer les tous débuts professionnels de Michel. Il se trouve ― et cela complète sa biographie ― qu’il s’est d’abord tourné vers Valdeyron connu en Tunisie dans notre jeunesse puis subi comme professeur de génétique. Avec lui Michel se faisait ch…à compter des drosophiles. C’était, je pense, avant son service militaire. Je suivais un an après lui mais sans que nous en discutions. Nous vivions notre vie (enfin ?). L’arrivée d’Hénin (j’en reparlerai) s’annonçait. Les « vieux assistants » n’avaient aucun avenir. L’un d’eux, Fraigneaud, m’a dit « les Sebillotte on vous aime bien, il y a une place pour l’un de vous à la chaire. » J’en ai un souvenir assez vif et ce sont à peu près les termes employés. J’étais quant à moi en fin d’agriculture-élevage (3ème année) et même de l’ENSSAA (4ème année). Le service militaire était à accomplir. J’avais hésité à entrer à l’INRA-Economie. Bergmann (professeur d’économie rurale de l’Agro) m’avait conseillé la voie technique. Je pensais entrer à la SARV (conçue comme un service régional étatique de « développement agricole » pluridisciplinaire, qui se serait appuyé sur la recherche d’une part et sur le conseil agricole départemental, d’autre part). Beau projet mort-né !
Michel finissait son service militaire. Je lui ai transmis l’info. Là s’est arrêté mon rôle. Ceci se situe en amont de la rencontre Michel–Hénin relatée par Jean Boiffin.
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La SARV n’ayant pas vu le jour, je suis devenu prof. durant six mois en collège agricole (à Châtillon-sur-Seine), puis assistant d’économie rurale à Grignon (domaine : gestion de l’exploitation). Michel assistant à l’Agro, moi à Grignon…Beau parallélisme ! Une voie bouchée pour moi…J’ai ripé ailleurs. Toujours dans des domaines où l’exploitation agricole était l’unité centrale de mon action.
Nous n’avons jamais cessé nos relations sur le plan professionnel. Ainsi Michel m’a mis en relation avec une boite d’études avec laquelle il avait travaillé (en Afrique Noire, notamment), m’a introduit pour un long article au journal de la France Agricole dont il était, à l’époque, un collaborateur permanent (voir sa biographie). Plus tard, j’ai pu, par exemple, recruter des élèves de Michel, participer à certaines formations à sa demande. Plus tard encore je suis intervenu dans des sessions de la Relance Agronomique. Une fois au ministère de l’environnement, j’ai pu aider financièrement pas mal d’initiatives de terrain, divers colloques, dont l’un d’hommages à Hénin. J’ai pu discuter avec Michel de ma démarche et, par exemple, du bilan de l’azote pour une exploitation, outil créé par la mission Eau-nNtrates (et qui doit beaucoup à P. Bédékovic) et largement utilisé ensuite par les agronomes de terrain, outil qu’il rebaptisa « Balance ». Pour lui ce n’était pas un bilan…Et pourtant…
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Un mot sur Stéphane Hénin. Ce chercheur de l’INRA a été, un moment, professeur à l’Agro. Je l’ai vraiment connu au ministère de l’environnement. Membre du Corpen, il jouait un rôle important dans ce ministère pauvre en hommes mais avec des crédits de recherche. Grâce à lui, j’ai pris contact avec la recherche scientifique agronomique de l’époque. Il a été un guide avisé. Malgré ses 80 ans, c’était un homme dynamique. Je lui dois beaucoup…comme Michel.
J’ai été économiste, spécialisé en gestion, membre de la Société Française d’Economie Rurale. Micro-économiste, j’ai traité de pas mal de sujets qui concernaient l’exploitation agricole au sens « classique » du terme. J’ai été très impliqué dans la naissance de la gestion financière de l’exploitation agricole, puis suis revenu à l’agronomie par le biais d’un Corpen dont je pense avoir orienté correctement de nombreux travaux et prises de position. Au ministère de l’environnement j’ai été aussi chef du bureau des eaux souterraines et devais suivre les affaire d’eau potable…L’agronomie et l’économie m’ont alors bien servi !
*
C’est dire combien cet ouvrage collectif remarquable a de l’importance pour Michel et pour moi. Je recommande sa lecture aux siens et…à mes futurs biographes !
Jean Sebillotte (novembre 2012)
PS- Ma mère aimait citer ces vers : « Gémir pleurer prier est également lâche / Fais énergiquement ta longue et lourde tâche / Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler / Puis après comme moi souffre et meurs sans parler. »
Une fois enclenchée, la vie crée des obligations. C’est très (trop) tard que j’ai découvert peinture, poésie, écriture, mais j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à mon travail professionnel dans lequel j’ai mis en général de la passion !
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novembre 18th, 2012 par Jean Sebillotte
Ce poème a été réécrit de nombreuses fois. Inaccompli, je l’ai présenté à un concours. Ce fut une erreur, il n’était pas abouti. Il arrive que je reprenne dix à quinze fois un texte modeste. J’envie la fulgurance de certains. Elle n’est pas mon lot !
Amour
Que là-bas grondent les guépards !
Que chantent aussi les merles,
Tout près de l’eau qui coule,
Brillant comme l’étain,
Tourbillon qui roucoule,
Qui s’en vient et repart,
Qui va dans le lointain
Pays des songes et des perles !
Que dans les bois brament les daims !
Qu’il s écoutent ma harpe,
Qu’ils boivent tout l’étang
Où baigne mon désir.
Et que sautent les carpes,
Sans craindre mon dédain.
Mon amour à saisir
Est la rive où je m’étends !
Et que dansent les libellules !
Toi, l’onde soyeuse,
Messagère adroite,
Dis-lui bien que j’avoue
Ma passion si joyeuse,
L’amour que je lui voue,
Qu’au vent frais je le hurle,
Au dessus de l’eau qui miroite !
2011-2012
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octobre 20th, 2012 par Jean Sebillotte
Un ami m’a transmis un texte qui est le script d’une conférence donnée par André Fossion, jésuite, en avril 2012. L’auteur se préoccupe de l’annonce de la foi aujourd’hui. Il analyse de façon remarquablement dense et concise les enjeux et défis qui se posent aux chrétiens.
Je propose ici la partie du texte qui a une portée générale et me semble avoir sa place dans ce blog, car elle éclaire le contexte religieux et culturel dans lequel nous vivons. Qui peut raisonnablement ignorer l’importance des religions, la catholique notamment ? L’auteur, s’exprimant en croyant et pratiquant, résume de façon remarquablement concise ce qu’il qualifie de « résistances par rapport à la foi chrétienne. » Il le fait en toute honnêteté et clarté.
Nota : Le titre de l’article est de moi et j’ai supprimé les références bibliographiques.
*
Fossion écrit dans son introduction : « Nous le savons bien, il y a aujourd’hui un monde qui meurt et un monde qui naît. Cette mutation socioculturelle de grande envergure touche tous les domaines et affecte bien entendu le christianisme. Forcément, celui-ci est atteint ; il y a aujourd’hui un christianisme qui meurt, mais aussi, nous pouvons l’espérer, un christianisme qui naît. C’est à cette émergence d’un christianisme renouvelé que je voudrais consacrer mes propos…
Ces propos seront, à la fois, humbles, francs et aussi, je l’espère, engageants.
Mon exposé sera divisé en trois parties. La première partie prendra la mesure des défis nouveaux et inédits qui mettent en crise la foi chrétienne et sa transmission aux générations à venir… » (C’est la seule partie de l’introduction que je reproduis ici.)
André Fossion développe alors ce qu’il nomme « LA REMONTÉE EN PUISSANCE DE SAGESSES PAÏENNES. » Il le fait en trois points.
« 1. Une double sécularisation : publique et privée.
Le monde occidental européen a connu, me semble-t-il, une double sécularisation. La première est la sécularisation de la vie publique. Cette sécularisation de la vie publique a été engagée, de manière décisive, dès la fin du XVIII siècle avec la révolution démocratique, l’affirmation des droits de l’homme, le développement des sciences et l’autonomie de la raison philosophique. Dans cette société nouvelle issue de la modernité, la religion ne joue plus, comme dans l’ancien régime, un rôle de fondement ou d’encadrement. En d’autres termes, la société moderne s’est émancipée de la tutelle religieuse et cléricale. Pour autant, la religion ne disparaît pas, mais est renvoyée au libre assentiment de l’individu dans un univers devenu pluraliste. Dans le passé, en période de chrétienté, naître et devenir chrétien allaient ensemble. La foi se transmettait avec l’ambiance culturelle ; elle faisait partie des évidences communes. La doctrine se transmettait sous le régime d’un triple « il faut » : les vérités à croire, les commandements à observer et les sacrements à recevoir. Au contraire, avec l’avènement de la modernité, ce que la société transmet, ce n’est plus la foi, mais la liberté religieuse du citoyen. C’est le premier effet de la sécularisation : tandis que la société devient politiquement laïque, la foi religieuse passe dans le domaine des convictions libres et personnelles. Le christianisme lui-même a contribué d’ailleurs à cette émancipation de la société par rapport à la religion. C’est ainsi que Marcel Gauchet parle du christianisme comme « la religion de la sortie de la religion.»
Mais on assiste aujourd’hui à une deuxième phase de la sécularisation : non plus seulement la sécularisation de la vie publique, mais la sécularisation de la vie privée elle-même. Ce sont les individus eux-mêmes qui, aujourd’hui, s’éloignent des formes héritées du christianisme parce qu’elles ne croisent plus leurs aspirations, parce qu’elles ne font plus sens, parce qu’elles sont devenues largement illisibles et même incroyables. On assiste, en effet, aujourd’hui, à une prise de distance massive des individus par rapport au christianisme institué. Les symptômes de la crise sont évidents : diminution du nombre de pratiquants, moins d’enfants catéchisés, crise des vocations sacerdotales et religieuses, communautés vieillissantes, etc. Les résistances par rapport à la foi chrétienne sont multiples. J’ai coutume d’en repérer cinq :
– Dieu indécidable. C’est la position agnostique. On ne sait pas et on ne saura jamais si Dieu existe.
– Dieu incroyable, C’est la position d’une certaine conception de la science qui réduit le réel à ce qui est vérifiable.
– Dieu insupportable. C’est ce que ressentent tous ceux et celles qui se sont éloignés de leur éducation chrétienne parce qu’elle pesait sur eux comme un carcan dogmatique et moralisant qui ne les faisait plus vivre et dont ils se sont libérés pour grandir en humanité. La foi chrétienne apparaît pour eux comme un obstacle à leur humanité.
– Dieu indéchiffrable. La résistance consiste ici dans la difficulté de comprendre, face à l’étrangeté, la diversité ou la complexité des langages qui rendent perplexes.
– Dieu inclassable. Ici, c’est la question de Dieu elle-même qui se dissout. Elle tombe dans le non-lieu. On peut se passer de la question de Dieu et s’installer tranquillement dans une vie areligieuse.
Ces cinq résistances constituent peu ou prou ce qui est transmis en héritage aux jeunes générations. Elles constituent, comme pour nous-mêmes, d’ailleurs, ce qu’elles ont à traverser et à dépasser pour accéder à la foi d’une manière mûrie et personnelle.
2. La remontée des sagesses
Ce qui émerge de cette résistance à l’héritage chrétien, c’est, sous des formes neuves, le retour aux sagesses sans vérité transcendante, visant de manière pratique, le bien vivre aussi bien individuel que collectif, sans autre horizon que celui de la vie présente. Je rejoindrais ici volontiers l’analyse de Chantal Delsol dans son ouvrage « L’âge du renoncement ». Sa thèse est que l’on assiste aujourd’hui à la réinstauration de modes d’êtres et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l’Occident chrétien et à ceux qui se déploient en dehors de l’occident chrétien, en particulier le bouddhisme. « Tout se passe, dit-elle, comme si l’humanité occidentale (c’est du moins vrai pour l’Europe) regagnait après un long éclair les pénates de l’homme de toujours. (…) L’effacement de la croyance en Dieu unique signale un retour, sous des formes neuves, aux mythes et aux sagesses qui ont structuré avant et ailleurs l’esprit des hommes2. » On assiste, dit-elle, à un véritable retournement de toute la vision de l’existence. La parenthèse des monothéismes se ferme et reviennent en puissance les sagesses, les manières d’être qui renoncent à la prétention de vérité, aménagent le monde du mieux que l’on peut, puisqu’il est notre seul sacré, complètement séculier cependant. Ces sagesses manifestent un équilibre subtil de stoïcisme, d’épicurisme et de panthéisme. Stoïcisme, parce qu’il n’y a pas d’au-delà à espérer et qu’il faut bien se résoudre à la mort et aux limites du monde qui est le nôtre. Epicurisme, car, dans ces limites consenties, il existe néanmoins une voie de bonheur qui consiste à aménager autant que possible une vie heureuse et plaisante pour soi-même comme pour autrui et pour la société. Panthéisme enfin, au sens où il n’y a pas d’arrière-monde, ni d’au-delà, ni d’altérité qui le transcende, qui parle, appelle ou pourrait se révéler. Le monde, la nature est le seul réel qui nous soit donné. Il est silencieux etsans finalité. C’est nous qui l’habitons de paroles et de projets. Dans son ouvrage L’esprit del’athéisme, André Comte-Sponville nous prévient. Il faut aimer davantage, mais espérer moins. « C’est l’amour non l’espérance qui fait vivre3 », écrit-il. Il convient dès lors de rabaisser nos prétentions de sens et d’abandonner nos espérances, en nous efforçant de vivre humainement, sans elles, dans le destin pragmatique de la vie ordinaire. Ainsi, la morale se substitue-t-elle à la religion et la sagesse à la foi.
3. Le christianisme tenu en respect, mis à distance et aussi à dépasser
Cette remontée des sagesses païennes n’est pas simplement un retour à un passé ancien. Ces sagesses d’aujourd’hui, en effet, ont appris de l’histoire ; elles se sont forgées dans le combat pour les droits de l’homme et se sont nourries de l’apport des sciences. Elles gardent aussi le souvenir du christianisme. Elles en reprennent les valeurs essentielles et, en ce sens, lui sont fidèles. Elles se montrent redevables et reconnaissantes à son égard. Elles lui manifestent même gratitude et respect. Comte-Sponville, par exemple, écrit ceci qui me semble symptomatique de notre époque : « Il m’arrive de me définir comme athée fidèle ; athée, puisque je ne crois en aucun Dieu ni aucune puissance surnaturelle ; mais fidèle, parce que je me reconnais dans une certaine histoire, une certaine tradition, une certaine communauté, et spécialement dans ces valeurs judéo-chrétiennes (ou gréco-judéo-chrétiennes) qui sont les nôtres.»
Mais si les sagesses manifestent du respect à l’égard du christianisme, elles entendent aussi le « tenir en respect, » c’est-à-dire le mettre à distance pour s’en protéger. Les sagesses d’aujourd’hui, en effet, gardent aussi en mémoire les dérives, les déviations et les perversions que le christianisme a manifestées tout au long de son histoire et dont le goût amer subsiste encore dans les consciences et jusque dans les corps. Ce goût amer a pour nom le dogmatisme, la tutelle cléricale, la prétention de savoir, la culpabilisation, le soupçon jeté sur le plaisir, la suprématie masculine, etc. Ces dérives n’apparaissent pas simplement comme accidentelles ou de circonstances, mais comme liées à la prétention de savoir qui n’est jamais loin de la volonté de puissance et de la violence. En ce sens, nos sagesses païennes entendent bien tenir à distance le christianisme, défendre la laïcité de la société et la protéger de toute puissance hégémonique. Davantage même, le christianisme apparaît comme un stade à dépasser, pour laisser place à une humanité moins ambitieuse peut-être puisqu’il n’y a pas d’au-delà, mais plus sereine, plus pacifiée et réconciliée. Chantal Delsol exprime bien l’enjeu de la situation où nous sommes : « C’est le monde du monothéisme, écrit-elle, qui se révèle une exception et nous sommes en train de nous soustraire à cette exception.(…) Cela n’indique pas que nous serions des monstres retournés à la barbarie. Nous sommes tout simplement en train de retrouver des référents plus relatifs, plus lâches et moins exigeants, de ceux dont tous les humains se sont saisis pour vivre en bonne intelligence avec leur monde. Cette métamorphose qui ne nous prive ni de culture, ni de vie sociale ni de vie morale transforme cependant notre rapport au monde, avec une radicalité dont nous sommes loin de soupçonner encore l’ampleur et les conséquences.»
Même si tous nos contemporains ne se posent pas la question à ce niveau de radicalité, rencontrer la question est utile pour tous. Nous avons affaire à un changement de paradigme socioculturel. La situation est inédite… »
Ici s’arrête le texte de portée générale et Fossion passe à des considérations propres à l’Eglise catholique.
Jean Sebillotte
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