Catégorie: Ecriture
novembre 22nd, 2012 par Jean Sebillotte

Ce livre remarquable, dont j’ai inséré les deux couvertures dans cet article, traduit la trace profonde laissée par Michel, mon frère, décédé le 7 avril 2010. J’ai été associé à cet hommage qui comprend une introduction intitulée « Vie et œuvre de Michel Sebillotte : quelques repères » rédigée par Jean Boiffin.
Je participe à ce livre par un article sur la genèse de Ferti-Mieux. J’étais à ce moment -là, au ministère de l’environnement, l’animateur d’une équipe, » la mission Eau-Nitrates « , chargée d’animer l’action qui débutait pour limiter la pollution des eaux par les nitrates et phosphates d’origine agricole (qui sera étendue plus tard aux pesticides). A ce titre, la mission assurait le secrétariat d’un comité (le Corpen) rassemblant toutes les personnes morales et physiques concernées. Mon article traite donc d’un aspect particulier de l’action où Michel a joué un rôle majeur. Mais j’ajoute ici ce que je n’ai pas écrit : le Corpen et la mission avaient largement préparé le terrain, mobilisant beaucoup des agronomes de terrain qui avaient été formés par Michel et son équipe d’enseignants de l’Agro, et finançant de nombreux travaux effectués dans la France entière. J’ajoute aussi que j’’étais moi-même membre des deux comités qui « géraient » l’opération Ferti-mieux.
Mais notre collaboration à tous deux, nos relations étaient plus anciennes. Je pense intéressant ici de donner un complément à l’article de Jean Boiffin et un aperçu sur mon propre parcours.
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Michel et moi étions les aînés d’une famille de cinq. Du fait de la guerre, de facteurs propres à lui, Michel était en retard dans ses études et moi en légère avance. Pour mes parents il n’y avait pour nous qu’un collège possible, près de Tunis , qui se muait en un simple internat quand, à partir de la 3ème, nous allions au lycée de Carthage. Ainsi, malgré les deux ans qui nous séparaient, nous nous sommes trouvés dans la même classe, de la 6ème à la première. Michel resta ensuite en France pour la terminale et moi en Tunisie. J’y fis avec succès Sciences Ex. Il me fallut cependant refaire une année de terminale en France pour entrer en préparation au lycée Henri IV. J’y rejoignis mon frère qui avait repris une année d’avance…Mais lui en cube, moi en carré, nous nous sommes retrouvés dans la même classe ! Encore une fois ! Puis condisciples à l’Agro !
Etrange destin dont je tairai ici les arrière-plans, sauf pour souligner combien il a impliqué de rivalité et de complicité. De là vient à mon avis une partie de la rage au travail de Michel, de sa volonté de réussite. De nos parents aussi, car les cinq enfants sont des acharnés, me semble-t-il.
Ce que dit Jean Boiffin sur Maknassy (l’exploitation créée par mon père, gérée par lui avec l’appui constant de ma mère) et le rôle paternel est justement souligné pour Michel.
Il l’est pour moi !
J’ai dans ce blog fait largement mention du 6ème tome des mémoires paternelles. Le lecteur peut s’y reporter, puis les commander et se mettre à lire. Il comprendra.
Michel, très tôt, comme aîné, se voyait en « repreneur », en « successeur potentiel ou associé » de mon père qui lui a clairement signifié que la ferme (mot impropre toujours utilisé) ne pouvait pas faire vivre deux ménages.
Si mon frère aîné voulait être agriculteur et à défaut peut-être agronome, je ne voulais pas du tout devenir agriculteur, mais pourquoi pas agronome ? L’économie agricole m’attirait, un peu pour les mêmes raisons. Mon père nous a bien inculqué (plus par l’exemple de sa vie, et l’exposé de ses problèmes que par une pédagogie particulière) que tout se tenait. De là vient notre conscience aigüe de la notion de « système. » Ma vocation pour l’économie est, elle aussi, fondée sur le fait que tout se tient dans une exploitation agricole. S’y ajoute la perception très vive de l’importance de l’argent pour un agriculteur. C’est à Maknassy que j’ai appris cette loi essentielle qui veut que le dernier quintal fasse le revenu. Plus tard j’ai dû expliquer aux écolos qu’il était rationnel de mettre plutôt trop d’un engrais azoté peu cher que de risquer de perdre les derniers kilos ou quintaux d’une céréale (toutes choses égales par ailleurs) !
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Ce détour pour éclairer les tous débuts professionnels de Michel. Il se trouve ― et cela complète sa biographie ― qu’il s’est d’abord tourné vers Valdeyron connu en Tunisie dans notre jeunesse puis subi comme professeur de génétique. Avec lui Michel se faisait ch…à compter des drosophiles. C’était, je pense, avant son service militaire. Je suivais un an après lui mais sans que nous en discutions. Nous vivions notre vie (enfin ?). L’arrivée d’Hénin (j’en reparlerai) s’annonçait. Les « vieux assistants » n’avaient aucun avenir. L’un d’eux, Fraigneaud, m’a dit « les Sebillotte on vous aime bien, il y a une place pour l’un de vous à la chaire. » J’en ai un souvenir assez vif et ce sont à peu près les termes employés. J’étais quant à moi en fin d’agriculture-élevage (3ème année) et même de l’ENSSAA (4ème année). Le service militaire était à accomplir. J’avais hésité à entrer à l’INRA-Economie. Bergmann (professeur d’économie rurale de l’Agro) m’avait conseillé la voie technique. Je pensais entrer à la SARV (conçue comme un service régional étatique de « développement agricole » pluridisciplinaire, qui se serait appuyé sur la recherche d’une part et sur le conseil agricole départemental, d’autre part). Beau projet mort-né !
Michel finissait son service militaire. Je lui ai transmis l’info. Là s’est arrêté mon rôle. Ceci se situe en amont de la rencontre Michel–Hénin relatée par Jean Boiffin.
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La SARV n’ayant pas vu le jour, je suis devenu prof. durant six mois en collège agricole (à Châtillon-sur-Seine), puis assistant d’économie rurale à Grignon (domaine : gestion de l’exploitation). Michel assistant à l’Agro, moi à Grignon…Beau parallélisme ! Une voie bouchée pour moi…J’ai ripé ailleurs. Toujours dans des domaines où l’exploitation agricole était l’unité centrale de mon action.
Nous n’avons jamais cessé nos relations sur le plan professionnel. Ainsi Michel m’a mis en relation avec une boite d’études avec laquelle il avait travaillé (en Afrique Noire, notamment), m’a introduit pour un long article au journal de la France Agricole dont il était, à l’époque, un collaborateur permanent (voir sa biographie). Plus tard, j’ai pu, par exemple, recruter des élèves de Michel, participer à certaines formations à sa demande. Plus tard encore je suis intervenu dans des sessions de la Relance Agronomique. Une fois au ministère de l’environnement, j’ai pu aider financièrement pas mal d’initiatives de terrain, divers colloques, dont l’un d’hommages à Hénin. J’ai pu discuter avec Michel de ma démarche et, par exemple, du bilan de l’azote pour une exploitation, outil créé par la mission Eau-nNtrates (et qui doit beaucoup à P. Bédékovic) et largement utilisé ensuite par les agronomes de terrain, outil qu’il rebaptisa « Balance ». Pour lui ce n’était pas un bilan…Et pourtant…
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Un mot sur Stéphane Hénin. Ce chercheur de l’INRA a été, un moment, professeur à l’Agro. Je l’ai vraiment connu au ministère de l’environnement. Membre du Corpen, il jouait un rôle important dans ce ministère pauvre en hommes mais avec des crédits de recherche. Grâce à lui, j’ai pris contact avec la recherche scientifique agronomique de l’époque. Il a été un guide avisé. Malgré ses 80 ans, c’était un homme dynamique. Je lui dois beaucoup…comme Michel.
J’ai été économiste, spécialisé en gestion, membre de la Société Française d’Economie Rurale. Micro-économiste, j’ai traité de pas mal de sujets qui concernaient l’exploitation agricole au sens « classique » du terme. J’ai été très impliqué dans la naissance de la gestion financière de l’exploitation agricole, puis suis revenu à l’agronomie par le biais d’un Corpen dont je pense avoir orienté correctement de nombreux travaux et prises de position. Au ministère de l’environnement j’ai été aussi chef du bureau des eaux souterraines et devais suivre les affaire d’eau potable…L’agronomie et l’économie m’ont alors bien servi !
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C’est dire combien cet ouvrage collectif remarquable a de l’importance pour Michel et pour moi. Je recommande sa lecture aux siens et…à mes futurs biographes !
Jean Sebillotte (novembre 2012)
PS- Ma mère aimait citer ces vers : « Gémir pleurer prier est également lâche / Fais énergiquement ta longue et lourde tâche / Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler / Puis après comme moi souffre et meurs sans parler. »
Une fois enclenchée, la vie crée des obligations. C’est très (trop) tard que j’ai découvert peinture, poésie, écriture, mais j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à mon travail professionnel dans lequel j’ai mis en général de la passion !
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novembre 18th, 2012 par Jean Sebillotte
Ce poème a été réécrit de nombreuses fois. Inaccompli, je l’ai présenté à un concours. Ce fut une erreur, il n’était pas abouti. Il arrive que je reprenne dix à quinze fois un texte modeste. J’envie la fulgurance de certains. Elle n’est pas mon lot !
Amour
Que là-bas grondent les guépards !
Que chantent aussi les merles,
Tout près de l’eau qui coule,
Brillant comme l’étain,
Tourbillon qui roucoule,
Qui s’en vient et repart,
Qui va dans le lointain
Pays des songes et des perles !
Que dans les bois brament les daims !
Qu’il s écoutent ma harpe,
Qu’ils boivent tout l’étang
Où baigne mon désir.
Et que sautent les carpes,
Sans craindre mon dédain.
Mon amour à saisir
Est la rive où je m’étends !
Et que dansent les libellules !
Toi, l’onde soyeuse,
Messagère adroite,
Dis-lui bien que j’avoue
Ma passion si joyeuse,
L’amour que je lui voue,
Qu’au vent frais je le hurle,
Au dessus de l’eau qui miroite !
2011-2012
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octobre 20th, 2012 par Jean Sebillotte
Un ami m’a transmis un texte qui est le script d’une conférence donnée par André Fossion, jésuite, en avril 2012. L’auteur se préoccupe de l’annonce de la foi aujourd’hui. Il analyse de façon remarquablement dense et concise les enjeux et défis qui se posent aux chrétiens.
Je propose ici la partie du texte qui a une portée générale et me semble avoir sa place dans ce blog, car elle éclaire le contexte religieux et culturel dans lequel nous vivons. Qui peut raisonnablement ignorer l’importance des religions, la catholique notamment ? L’auteur, s’exprimant en croyant et pratiquant, résume de façon remarquablement concise ce qu’il qualifie de « résistances par rapport à la foi chrétienne. » Il le fait en toute honnêteté et clarté.
Nota : Le titre de l’article est de moi et j’ai supprimé les références bibliographiques.
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Fossion écrit dans son introduction : « Nous le savons bien, il y a aujourd’hui un monde qui meurt et un monde qui naît. Cette mutation socioculturelle de grande envergure touche tous les domaines et affecte bien entendu le christianisme. Forcément, celui-ci est atteint ; il y a aujourd’hui un christianisme qui meurt, mais aussi, nous pouvons l’espérer, un christianisme qui naît. C’est à cette émergence d’un christianisme renouvelé que je voudrais consacrer mes propos…
Ces propos seront, à la fois, humbles, francs et aussi, je l’espère, engageants.
Mon exposé sera divisé en trois parties. La première partie prendra la mesure des défis nouveaux et inédits qui mettent en crise la foi chrétienne et sa transmission aux générations à venir… » (C’est la seule partie de l’introduction que je reproduis ici.)
André Fossion développe alors ce qu’il nomme « LA REMONTÉE EN PUISSANCE DE SAGESSES PAÏENNES. » Il le fait en trois points.
« 1. Une double sécularisation : publique et privée.
Le monde occidental européen a connu, me semble-t-il, une double sécularisation. La première est la sécularisation de la vie publique. Cette sécularisation de la vie publique a été engagée, de manière décisive, dès la fin du XVIII siècle avec la révolution démocratique, l’affirmation des droits de l’homme, le développement des sciences et l’autonomie de la raison philosophique. Dans cette société nouvelle issue de la modernité, la religion ne joue plus, comme dans l’ancien régime, un rôle de fondement ou d’encadrement. En d’autres termes, la société moderne s’est émancipée de la tutelle religieuse et cléricale. Pour autant, la religion ne disparaît pas, mais est renvoyée au libre assentiment de l’individu dans un univers devenu pluraliste. Dans le passé, en période de chrétienté, naître et devenir chrétien allaient ensemble. La foi se transmettait avec l’ambiance culturelle ; elle faisait partie des évidences communes. La doctrine se transmettait sous le régime d’un triple « il faut » : les vérités à croire, les commandements à observer et les sacrements à recevoir. Au contraire, avec l’avènement de la modernité, ce que la société transmet, ce n’est plus la foi, mais la liberté religieuse du citoyen. C’est le premier effet de la sécularisation : tandis que la société devient politiquement laïque, la foi religieuse passe dans le domaine des convictions libres et personnelles. Le christianisme lui-même a contribué d’ailleurs à cette émancipation de la société par rapport à la religion. C’est ainsi que Marcel Gauchet parle du christianisme comme « la religion de la sortie de la religion.»
Mais on assiste aujourd’hui à une deuxième phase de la sécularisation : non plus seulement la sécularisation de la vie publique, mais la sécularisation de la vie privée elle-même. Ce sont les individus eux-mêmes qui, aujourd’hui, s’éloignent des formes héritées du christianisme parce qu’elles ne croisent plus leurs aspirations, parce qu’elles ne font plus sens, parce qu’elles sont devenues largement illisibles et même incroyables. On assiste, en effet, aujourd’hui, à une prise de distance massive des individus par rapport au christianisme institué. Les symptômes de la crise sont évidents : diminution du nombre de pratiquants, moins d’enfants catéchisés, crise des vocations sacerdotales et religieuses, communautés vieillissantes, etc. Les résistances par rapport à la foi chrétienne sont multiples. J’ai coutume d’en repérer cinq :
– Dieu indécidable. C’est la position agnostique. On ne sait pas et on ne saura jamais si Dieu existe.
– Dieu incroyable, C’est la position d’une certaine conception de la science qui réduit le réel à ce qui est vérifiable.
– Dieu insupportable. C’est ce que ressentent tous ceux et celles qui se sont éloignés de leur éducation chrétienne parce qu’elle pesait sur eux comme un carcan dogmatique et moralisant qui ne les faisait plus vivre et dont ils se sont libérés pour grandir en humanité. La foi chrétienne apparaît pour eux comme un obstacle à leur humanité.
– Dieu indéchiffrable. La résistance consiste ici dans la difficulté de comprendre, face à l’étrangeté, la diversité ou la complexité des langages qui rendent perplexes.
– Dieu inclassable. Ici, c’est la question de Dieu elle-même qui se dissout. Elle tombe dans le non-lieu. On peut se passer de la question de Dieu et s’installer tranquillement dans une vie areligieuse.
Ces cinq résistances constituent peu ou prou ce qui est transmis en héritage aux jeunes générations. Elles constituent, comme pour nous-mêmes, d’ailleurs, ce qu’elles ont à traverser et à dépasser pour accéder à la foi d’une manière mûrie et personnelle.
2. La remontée des sagesses
Ce qui émerge de cette résistance à l’héritage chrétien, c’est, sous des formes neuves, le retour aux sagesses sans vérité transcendante, visant de manière pratique, le bien vivre aussi bien individuel que collectif, sans autre horizon que celui de la vie présente. Je rejoindrais ici volontiers l’analyse de Chantal Delsol dans son ouvrage « L’âge du renoncement ». Sa thèse est que l’on assiste aujourd’hui à la réinstauration de modes d’êtres et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l’Occident chrétien et à ceux qui se déploient en dehors de l’occident chrétien, en particulier le bouddhisme. « Tout se passe, dit-elle, comme si l’humanité occidentale (c’est du moins vrai pour l’Europe) regagnait après un long éclair les pénates de l’homme de toujours. (…) L’effacement de la croyance en Dieu unique signale un retour, sous des formes neuves, aux mythes et aux sagesses qui ont structuré avant et ailleurs l’esprit des hommes2. » On assiste, dit-elle, à un véritable retournement de toute la vision de l’existence. La parenthèse des monothéismes se ferme et reviennent en puissance les sagesses, les manières d’être qui renoncent à la prétention de vérité, aménagent le monde du mieux que l’on peut, puisqu’il est notre seul sacré, complètement séculier cependant. Ces sagesses manifestent un équilibre subtil de stoïcisme, d’épicurisme et de panthéisme. Stoïcisme, parce qu’il n’y a pas d’au-delà à espérer et qu’il faut bien se résoudre à la mort et aux limites du monde qui est le nôtre. Epicurisme, car, dans ces limites consenties, il existe néanmoins une voie de bonheur qui consiste à aménager autant que possible une vie heureuse et plaisante pour soi-même comme pour autrui et pour la société. Panthéisme enfin, au sens où il n’y a pas d’arrière-monde, ni d’au-delà, ni d’altérité qui le transcende, qui parle, appelle ou pourrait se révéler. Le monde, la nature est le seul réel qui nous soit donné. Il est silencieux etsans finalité. C’est nous qui l’habitons de paroles et de projets. Dans son ouvrage L’esprit del’athéisme, André Comte-Sponville nous prévient. Il faut aimer davantage, mais espérer moins. « C’est l’amour non l’espérance qui fait vivre3 », écrit-il. Il convient dès lors de rabaisser nos prétentions de sens et d’abandonner nos espérances, en nous efforçant de vivre humainement, sans elles, dans le destin pragmatique de la vie ordinaire. Ainsi, la morale se substitue-t-elle à la religion et la sagesse à la foi.
3. Le christianisme tenu en respect, mis à distance et aussi à dépasser
Cette remontée des sagesses païennes n’est pas simplement un retour à un passé ancien. Ces sagesses d’aujourd’hui, en effet, ont appris de l’histoire ; elles se sont forgées dans le combat pour les droits de l’homme et se sont nourries de l’apport des sciences. Elles gardent aussi le souvenir du christianisme. Elles en reprennent les valeurs essentielles et, en ce sens, lui sont fidèles. Elles se montrent redevables et reconnaissantes à son égard. Elles lui manifestent même gratitude et respect. Comte-Sponville, par exemple, écrit ceci qui me semble symptomatique de notre époque : « Il m’arrive de me définir comme athée fidèle ; athée, puisque je ne crois en aucun Dieu ni aucune puissance surnaturelle ; mais fidèle, parce que je me reconnais dans une certaine histoire, une certaine tradition, une certaine communauté, et spécialement dans ces valeurs judéo-chrétiennes (ou gréco-judéo-chrétiennes) qui sont les nôtres.»
Mais si les sagesses manifestent du respect à l’égard du christianisme, elles entendent aussi le « tenir en respect, » c’est-à-dire le mettre à distance pour s’en protéger. Les sagesses d’aujourd’hui, en effet, gardent aussi en mémoire les dérives, les déviations et les perversions que le christianisme a manifestées tout au long de son histoire et dont le goût amer subsiste encore dans les consciences et jusque dans les corps. Ce goût amer a pour nom le dogmatisme, la tutelle cléricale, la prétention de savoir, la culpabilisation, le soupçon jeté sur le plaisir, la suprématie masculine, etc. Ces dérives n’apparaissent pas simplement comme accidentelles ou de circonstances, mais comme liées à la prétention de savoir qui n’est jamais loin de la volonté de puissance et de la violence. En ce sens, nos sagesses païennes entendent bien tenir à distance le christianisme, défendre la laïcité de la société et la protéger de toute puissance hégémonique. Davantage même, le christianisme apparaît comme un stade à dépasser, pour laisser place à une humanité moins ambitieuse peut-être puisqu’il n’y a pas d’au-delà, mais plus sereine, plus pacifiée et réconciliée. Chantal Delsol exprime bien l’enjeu de la situation où nous sommes : « C’est le monde du monothéisme, écrit-elle, qui se révèle une exception et nous sommes en train de nous soustraire à cette exception.(…) Cela n’indique pas que nous serions des monstres retournés à la barbarie. Nous sommes tout simplement en train de retrouver des référents plus relatifs, plus lâches et moins exigeants, de ceux dont tous les humains se sont saisis pour vivre en bonne intelligence avec leur monde. Cette métamorphose qui ne nous prive ni de culture, ni de vie sociale ni de vie morale transforme cependant notre rapport au monde, avec une radicalité dont nous sommes loin de soupçonner encore l’ampleur et les conséquences.»
Même si tous nos contemporains ne se posent pas la question à ce niveau de radicalité, rencontrer la question est utile pour tous. Nous avons affaire à un changement de paradigme socioculturel. La situation est inédite… »
Ici s’arrête le texte de portée générale et Fossion passe à des considérations propres à l’Eglise catholique.
Jean Sebillotte
Publié dans Ecriture, Lectures Etiquette: Eglise Catholique monde actuel Christianisme
septembre 26th, 2012 par Jean Sebillotte
Un proche vient de me communiquer ce commentaire qu’il m’autorise à reproduire ici.
« Je viens de terminer la lecture de ton premier roman. J’y ai pris grand intérêt et beaucoup de plaisir.
Je t’y retrouve bien : ne ménageant pas les explications, les questionnements ? J’ai bien aimé tes descriptions américaines, moi qui ne suis jamais allé aux USA. Et cette réflexion sur l’écriture, sur le roman dans le roman, je devrais dire cette recherche-détective bien menée avec suspense jusqu’au bout et bien insérée dans le temps actuel, tout cela m’a plu.
Même si de temps à autre je me disais : « ça, c’est bien de lui ! Quel bavard ! ». Mais, tout compte fait, pour un qui perd un peu la mémoire, c’est pas du luxe, ça facilite la reprise. »
A vrai dire ce lecteur a eu un peu de peine à rentrer dans le roman. Le début est toujours difficile à écrire. Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois !
Publié dans Ecriture, Lecture Etiquette: Premier roman Henri- ou-le-legs-d'une-écriture, réaction-d'un lecteur
septembre 25th, 2012 par Jean Sebillotte
Texte à lire par des gens courageux ! Les moins concernés peuvent sauter aux conclusions en fin de texte (points 5 et 6).
C’est l’extrait d’un dialogue mené sur le forum « digression » en août 2008. Ces points de vue trouvés un peu par hasard (à moins qu’ils m’aient été indiqués par un ami) m’ont intéressé car on y évoque l’écriture et la peinture, ce qui correspond au contenu de mon blog.
Quatre écrivains échangent leurs points de vue en partant d’un texte de Pierre Rivière sur la « Forme et le rythme en écriture ?» Cédric introduit la peinture. Bergame intervient puis Alekhan. Pierre Rivière et Cédric concluent.
On peut approfondir en consultant l’échange intégral. Il suffit de cliquer sur le lien suivant http://digression.forum-actif.net/t254-forme-ou-rythme-en-ecriture#1310
1 – Forme ou rythme en écriture ? par Pierre Rivière le mardi 5 août 2008
« Juste une petite question comme ça.
Quand vous écrivez, considérez-vous plus le rythme ou la forme?
C’est-à-dire est-ce que vous pensez plus à la musicalité du texte en utilisant les points, les virgules, les points-virgules, etc. pour varier le rythme auquel le texte est lu? ou est-ce que vous pensez plus à la forme, c’est-à-dire aux similitudes phonétiques (qui diminue l’espace entre les mots), aux jeux de références subtils (par exemple, j’utilise le point-virgule pour superposer l’une par-dessus l’autre deux idées qui réfèrent à un même sujet précédemment énoncé, donc le point-virgule est un retour aux mots passés), à la condensation de plusieurs mots en un pour exprimer l’étouffement d’une phrase (par exemple la dé’ciale = détresse sociale (l’exemple est esthétiquement laid, je ne l’utiliserais pas dans un texte) ou utiliser la mise entre parenthèses pour creuser un espace interne au texte (Raymond Roussel faisait beaucoup ça, avec les notes en bas de page aussi) ou les tirets « – insérer un exemple – » pour poser un espace qui s’échappe par le haut du texte. Bref, visualiser la forme spatiale du texte plutôt que jouer avec la musicalité et le rythme des mots, comme dans le RAP (acronyme signifiant rythm and poetry) ou la chanson.
Indubitablement, je visualise la forme des textes bien avant de travailler la musicalité des mots.
Je me demandais comment vous procédiez à cet égard »
2 – Première réponse par Cédric le 6 août 2008
« Je dirais que l’écriture est différente de la peinture, où tu peux peut-être concevoir une forme sans rythme, une distinction entre la forme et le rythme, et encore. Je veux dire, une forme montre un rythme, mais de manière abstraite en peinture, de sorte qu’on le conçoit sans forcément le sentir immédiatement. En écriture, c’est totalement différent.
Si j’avais à faire une distinction, je dirais que la peinture relève de la spatialité tandis que l’écriture relève de la temporalité. Ecrire, c’est avoir affaire au temps, au rythme, d’emblée. Du reste, un grand écrivain c’est quelqu’un qui arrive à montrer des rythmes du monde. La forme, en écriture, le formel est l’armature du rythme, d’emblée. Un grand écrivain, c’est quelqu’un qui arrive à capter des rythmes du réel et à les montrer par la plume. Et pour ça, il joue avec la forme, c’est à dire avec les tronçons de phrases, l’alignement spécifique des mots….
» Dans la pièce il y avait un établi sur lequel étaient posés ses gants, un marteau et une tronçonneuse. »
» Dans la pièce : établi, gants, marteau, tronçonneuse ! »
En gros là par exemple on a le passage de Balzac à l’écriture contemporaine. Du descriptif à l’énumération terne. Parce que les rythmes de ces deux époques, sentis par les écrivains, sont différents. Le rythme contemporain suinte le désenchantement, par exemple. La grammaire, le linéaire sont défoncés. »
3 – Intervention de Bergame le Mer 6 Août 2008
« C’est une thèse qui me semble très intéressante. Mais pour moi, l’œuvre est une entité à part entière. Il me semble qu’elle n’a pas nécessairement à rendre compte d’autre chose que d’elle-même. Qu’elle exprime quelque chose de son époque, c’est contingent, peut-être inévitable, mais pas nécessaire.
Ainsi, selon moi, ce qui est le plus important, c’est l’alliance du fond et de la forme. Le rythme en écriture, par exemple, me semble devoir rendre compte de ce qui est dit, me semble devoir le manifester autrement, d’une manière plus directe peut-être, mais tendre vers une autre forme d’expression de ce qui est exprimé par le langage. Si je devais reprendre tes deux exemples, je dirais que j’ai tendance quant à moi, à chercher ce que l’auteur veut rendre lorsqu’il adopte tel rythme ou tel autre, et si ce rendu correspond à son intention -ce que je comprends de son intention. Ainsi, ta première phrase me semblerait par exemple intéressante dans un polar, c’est là une description qui vise à introduire une forme de suspens, à induire un questionnement dans l’esprit du lecteur : Qu’y a-t-il là de si important ? Ta seconde phrase est effectivement typique de l’époque contemporaine, mais peut-être parce qu’elle exprime l’accumulation des objets, une accumulation qui, justement, n’exprime rien d’autre qu’elle-même, « insensée » -je ne fais d’ailleurs que paraphraser ton « désenchantement ».
Je suis plus sensible à cela, personnellement, une forme de cohérence, de consistance, qui me semble d’ailleurs la véritable part de « travail » dans l’écriture.
En revanche, je crois être moins sensible à la musicalité, la sonorité, et aussi au processus d’évocation des mots. Je crois que je ne « visualise » pas, en fait, je n’ai pas d’image qui se forme lorsque je lis. Tiens, première fois que je réfléchis à ça. »
(……….suite des échanges)
4 – Extrait d’un passage d’Alekhan le 7 août 2008
« …..J’aimerai maintenant aussi m’interroger sur ce que nous dit l’iconologie par exemple sur la peinture. Je crois que la peinture est nécessairement rythme, de fait la vitesse avec laquelle on passe le pinceau, l’agencement des couleurs, c’est au moins un rythme corporel, un rythme de travail (Pollock par exemple). Le tableau s’inscrit dans une durée, il en exprime une autre. la peinture s’inscrit donc aussi dans une temporalité. Une peinture, comme l’écriture est aussi nécessairement l’expression d’une période donnée, et donc d’une signification donnée. Mais un tableau peut aussi être une projection temporelle ou un retour sur le passé.
Monter sur sa chaise pour regarder autrement? Ensuite sur sa table, etc.
Pour l’écriture, je dirais que la projection mentale l’installe également dans la spatialité. L’écriture, la lettre, sa forme, son format, sa différence, les pleins, les déliés.
On peut penser l’écriture comme un croisement d’espace, espace d’incarnation, espace sémiotique, espace de projection, l’écriture théâtrale, espace d’incarnation mentale et physique par le verbe, la lecture…. »
5 – Conclusion de P. Rivière le 7 août 2008
« J’apprécie la diversité des points de vue auxquels vous avez contribué. Premièrement, quant à l’opposition forme et fond, l’argument qui m’a fait rejeter cette opposition pour penser l’écriture est le suivant. La tendance à associer la signification au fond est trop prégnante dans ce couple d’opposés et dans la mesure où nous considérons que la forme peut aussi transmettre une signification à sa propre manière, alors je percevais l’élément du fond déborder sur l’élément de la forme et la frontière me devenait floue et mensongère quant à l’expérience que je fais du langage. De plus, dans l’opposition du fond et de la forme, je crains de voir l’un exclure l’autre et le texte devenir soit radicalement positiviste, au sens d’une structure logique rigoureuse qui est le véhicule d’un système d’idées fondantes, soit radicalement insensé où le travail sur la forme devient dénué de tout sens quant au fond « rationnel » à la façon du surréalisme devenant un art niant l’art (désolé pour le vieux leitmotiv situationniste).
Puisque je ne me sens ni dans une humeur pédantesquement scolaire, ni révolutionnairement artistique, je me suis décidé à former une nouvelle opposition par ce rapport de la forme et du rythme. Personnellement, je mets beaucoup plus l’accent sur la forme, mais cela dépend des personnes, et surtout des visées. Ne me sentant pas particulièrement attiré par l’écriture littéraire classique où je chercherais « à montrer des rythmes du monde », je tente plutôt de construire des labyrinthes philosophiques (et non des systèmes).
Dans ceux-ci, on peut dire selon l’ancienne opposition du fond et de la forme, que la forme transmet une partie du fond et que le fond n’est que le dévoilement des formes de la pensée; puisque pour moi la pensée ne va pas au fond des choses en soi, mais en dévoile la forme éternelle ainsi que son développement temporel. Ou on peut dire selon l’opposition de la forme et du rythme que la forme est le mouvement de la pensée même et que le rythme n’est que son vécu temporel; d’où la tentation de nier la forme de mon propre vécu de pensée pour l’universaliser. D’ailleurs, par la considération du rythme comme mouvement de la vie et d’une pensée orientée vers l’éternel, j’en viens parfois à opposer forme et rythme de la même façon que s’oppose éternel et vie (pensez à Faust, notamment); puisque la forme est le dévoilement de l’éternel et que le rythme est, comme je viens de le dire, le mouvement de la vie.
L’idéal serait une réconciliation de la forme et du rythme où leur spécificité ne sont pas perdues et où un troisième terme ne vient pas les subsumer, mais où les deux (forme et rythme) viendraient s’entretisser harmonieusement.
En ce qui a trait au labyrinthe philosophique, je donne un exemple de jeux amusants à produire et qui n’ont de limites que dans la créativité du créateur.
Dans un texte (titré: Hymne au nouvel an – en l’honneur d’un aphorisme de Nietzsche intitulé Sanctus januaris, si je me souviens bien) au total bien plus porté vers le rythme, un espace de forme est, malgré tout, ressorti comme suit:
« Seulement ainsi nos expériences partielles retrouveront leur réalisation dans la réalisation de l’art (souvenez-vous que – la réalisation de l’art doit – dépasser la subjectivité radicale) qui unifie dans la différence art et vie. »
Seulement ainsi nos expériences partielles retrouveront leur réalisation dans la réalisation de l’art (souvenez-vous que – la réalisation de l’art doit – dépasser la subjectivité radicale) qui unifie dans la différence art et vie.
Décrypté cela peut se lire ainsi: soit simplement comme une phrase normale, d’un bout à l’autre en respectant les parenthèses et tout (« Seulement ainsi nos expériences partielles retrouveront leur réalisation dans la réalisation de l’art qui unifie dans la différence art et vie »). Soit en accentuant la liberté du lecteur dans sa lecture du texte et en lui proposant de déconstruire pour mieux reconstruire le texte; on peut ainsi lire diverses options : soit laisser tomber la partie avant la première parenthèse et faire sauter les parenthèses et les tirets (« Souvenez-vous que la réalisation de l’art doit dépasser la subjectivité radicale qui unifie dans la différence art et vie. »); peut-être lire seulement dans la parenthèse sans les tirets comme un espace de murmure dans le corps normal du texte (« souvenez-vous que la réalisation de l’art doit dépasser la subjectivité radicale »); (ou bien prendre seulement ce qui est tirets (« la réalisation de l’art doit ») – ceci voulant signifier le mélange entre art et impératif moral tout en ouvrant le questionnement par une suite naturelle laissée vacante et dont la continuité est ouverte à chacun; ou bien laisser tomber ce qui est entre tirets et avant la parenthèse (« Souvenez-vous que dépasser la subjectivité radicale qui unifie dans la différence art et vie. »); il y a peut-être d’autres possibilités dont je ne me souviens plus. Ceci pose différents problèmes techniques quant à la fluidité du texte comme dans le dernier cas où il faudrait enlever le « qui » pour saisir le sens, mais ces difficultés sont les écueils naturels de ces tentatives d’écritures.
Quoi qu’il en soit de ces essais et erreurs, différents principes orientent le travail d’écriture. Laissez ouverte la liberté du lecteur par rapport au texte; nulle sacralisation de l’écrit et du vouloir-dire de l’auteur. Polyphonie des significations qui se meuvent en perspectives de lectures selon les choix du lecteur et qui sont généralement définis par la propre pensée du lecteur qui voit signifié uniquement ce qu’il est à même de comprendre (car comment un ensemble de traits sur une page pourrait nous faire comprendre ce que nous ne savons pas déjà, du moins de façon latente). Redécouverte de l’unité philosophique (le centre du labyrinthe) qui guide la pensée à produire autant de chemins unifiées dans une même phrase, un même chapitre ou un même livre. Jeu de l’un et du multiple, du pli et du dépli, de l’unité de la pensée et de la multiplicité de ses formes d’expressions.
On peut aussi voir cela comme une forme de cryptage, mais c’est surtout un amusement dans la stylisation de ce qui est à penser, et la sentiment d’une absence totale d’urgence quant à ce qui doit être pensé. Donc, la liberté de se réjouir dans l’écriture, que ce soit par le moyen du rythme ou des jeux de formes voilés et dévoilés.
La dimension labyrinthe ouvre un parcours que le lecteur peut parcourir librement et la dimension philosophique l’installe dans un univers où la pensée constitue la matière du labyrinthe. Par ailleurs, mélangé une écriture labyrinthique avec les formes de l’imaginaire mythique serait aussi sinon plus intéressant.
En définitive, c’est une façon de faire des espaces de croisements, ou des croisements d’espace si vous préférez. »
6 – Conclusion de Cédric le 8 août
« Il me semble que oui, même si évidemment tout est intimement lié. Il me semble que le primitif, le plus intime, c’est le temps, pas l’espace. Heidegger a écrit Etre et Temps, pas Etre et Espace. Ce qui palpite en nous, nos rythmes, sont temporels, pas spatiaux. Un rythme spatial ne veut rien dire, c’est une contradiction in adjecto, dans les termes. L’espace est au degré zéro du temps. Si bien que rejoindre l’espace équivaut à s’émanciper du temps pour vivre du point de vue de l’objet, point de vue intemporel. L’objet, l’espace n’a d’intérêt qu’en tant qu’il est perçu, c’est à dire vécu, c’est à dire approché par le temps…devrais-je dire…par l’Etre.
Il me semble que l’écriture est plus riche que la peinture, de par ce fait qu’elle est plus intimement liée au temps, au rythme. »
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