Catégorie: Ecriture

mai 1st, 2014 par Jean Sebillotte

Résumer un retour dans le pays de mon enfance et de ma jeunesse ? Je le tente ici.

2014-04-21-Maknassy-La Daccla-Haut 2-net

« Ce furent trois jours en avril 2014, trois jours seulement. J’étais  invité ( avec une sœur et un frère et leurs conjoints)  par une famille, là-bas, dans le sud de la Tunisie rurale. Une famille rendue proche de la mienne par un lien étonnant, ténu, fort et chaleureux. Un lien enraciné et vécu sur une ferme au temps des pères, aux jours héroïques du milieu du XXe siècle. Trois jours dans un bled si beau, si pur, si ancien, transformé par les hommes et, maintenant, tellement peuplé, pourvu de routes, d’électricité, d’eau courante et de téléphone… Un bled couvert d’oliviers et piqueté de maisons si blanches, au pied des montagnes violettes qui le cernent. »

2014-04-20-Maknassy-Mech-vu de Sidi Belaziz-2-net      2014-04-21-Maknassy-La Daccla-Haut 1 -net    2014-04-21-Maknassy-Daccla-au nord-net      2014-04-20-Maknassy-Mech-Sidi Bel Aziz-2-net

Publié dans Articles, Ecriture Etiquette: , , ,

février 11th, 2014 par Jean Sebillotte

Éric Chevillard écrit, dans Le Monde des livres du 7 février 2014, un article fort drôle sur le dernier livre de Christian Bobin (Gallimard). Ayant rédigé, moi-même, un article sur ce blog en mars 2013 à propos du livre précédent de cet auteur, j’ai été amusé par le texte de Chevillard  qui dénonce,  avec sa « mauvaise ironie, » dit-il, la façon dont l’auteur, Frère lumière, chante la vie, ce à quoi il « s’efforce de puis son premier livre. »

Que ceci ne vous empêche pas de lire ce bouquin, mais en relativise la facilité. Celle-ci ne choque pas au premier livre ! Il faut dire que Bobin est un poète qui a parfois des audaces étonnantes que relève notre journaliste :  Le papillon monte au ciel en titubant comme un ivrogne. C’est la bonne façon.  Ou ceci : Il n’y a pas un instant où je ne cherche une pierre pour aiguiser l’œil.

Chevillard dénonce des bonbons de guimauve comme ceux-ci : Le ciel est un torrent qui se jette dans l’amour de Dieu. Bach compte les étincelles sur ce torrent qui coule dans l’infini ouvert d’un cœur dément.

 Il enfonce le clou en notant quelque part que « Tant de clarté nous brûle les yeux. Nous n’y voyons plus rien et l’auteur en profite pour écrire n’importe quoi. »Il conclut son article ainsi : « Christian Bobin s’enchante tout seul, il cherche l’innocence et la grâce dans une langue que l’homme a conçue pour reprendre la main sur la création, pour en chasser les dieux, pour ordonner le monde lui-même, pour substituer la poésie à l’ennui sans fin de la lumière. »

Il est vrai que Christian B. est avant tout un poète. Et c’est avec une certaine tendresse, me semble-t-il que le journaliste lui consacre un très long article qui prouve qu’il a lu à fond ce dernier bouquin.

Jean Sebillotte

Publié dans Lecture, Poesie Etiquette: , , ,

février 5th, 2014 par Jean Sebillotte

Nostalgiques bouchées au chocolat noir

       Devant Charles, de petits machins noirauds, à l’assise cylindrique, dont la tête en coupole aplatie pourrait appartenir à de jeunes cèpes tête de nègre qui viendraient à peine d’émerger du sol. Ou bien, de tels bidules seraient-ils des boules de lave refroidie et craquelée, trouvées au flanc d’un de nos volcans démoniaques, ou, plus étrange encore, sur quelque planète inhabitée ?

La réalité est plus simple, triviale et ménagère. Ce sont des pâtisseries au chocolat, d’un noir homogène, d’une forme trop régulière pour être le fruit de la nature.

Annie les a confectionnées, ce matin même, pour son ami.

Il saisit l’une d’elles et la hume. Le parfum en est profond, exotique et brutal. Charles la soupèse. Sa légèreté lui suggère l’emploi de la farine. Son amie lui apprend qu’elle a utilisé aussi de l’amande en poudre, d’où la texture grenue du gâteau. Il en croque une bonne moitié qui emplit maintenant sa bouche. Sa langue explore le mélange savant et les miettes du gâteau. Il salive. Le goût du chocolat noir, amer et fort, domine celui, imperceptible, de l’amande délicate. Cette merveille odorante le renvoie à l’Afrique tropicale et à son enfance. Pour le consoler de peines enfantines, on lui donnait cette friandise cuite à la maison. Il en observait religieusement la fabrication et se réjouissait de la voir sortir du four à l’haleine sucrée et brûlante.

Charles avale la portion qui reste devant lui, avide de jouir de l’arrière-goût de cette petite chose savoureuse au parfum si prononcé. Il se ressert et se souvient, alors, de la tablette de chocolat noir que lui offraient, le dimanche, ses correspondants et qu’il dévorait le soir même après avoir retrouvé sa pension, incapable de maîtriser sa gourmandise et apaisant ainsi, peut-être, son chagrin d’avoir à reprendre la vie monotone et triste du pensionnat.

Il remercie Annie, l’embrasse et enfouit son visage dans sa chevelure noire dont il respire le parfum grisant.

– Que donnerait la même recette avec le chocolat au lait, se demande-t-il ?

Jean Sebillotte

Publié dans Ecriture, Nouvelles Etiquette: , ,

janvier 26th, 2014 par Jean Sebillotte

On croit innover…Et pourtant le calligramme n’est pas une invention récente. Selon wikipedia qui est bien commode, les premiers seraient attribuées au poète grec Simmias de Rhodes.  On passe au IXe puis à Rabelais au XVIe (sa dive bouteille) puis au XIXe puis à Guillaume Appolinaire. Il semblerait qu’il faille au lecteur « chercher le sens et la direction des phrases, chose qui paraît évidente dans un texte classique. »

Dans ce texte composé récemment, le sens est assez surréel, mais le forme suggestive, j’espère.

                                                                                                Verseur de vers

Le sévère travers des pervers déversés dans le vermouth

Le vertige vertueux du trouvère versificateur

Le revers de l’avers de ce vert verbeux

La verveine versée dans le verre

Et le verbiage en verlan

Et la vertu du verbe

Et le vermisseau

Et le verseau

Versatile

Dévers

Et persévère

Le vertige verdi du verre versant

 

                            Jean Sebillotte 2013-2014

Publié dans Ecriture, Poesie Etiquette: ,

janvier 26th, 2014 par Jean Sebillotte

          

            Il existe des secrets de famille.

            Hubert Raucourt,  généalogiste amateur, laisse à sa mort, les dossiers de ses recherches. Dans l’un d’eux, il soulève le cas d’un certain Pierre qui porte son nom, d’une branche voisine de la sienne.

            Il s’aperçoit qu’il n’a rien au sujet de ce parent si ce n’est sa date de naissance. Il rencontre alors ses arrières petits-neveux. Les mieux informés lui font part de la légende familiale selon la quelle cet ancêtre était un mauvais garçon parti au Canada aux alentours de 1890 où il trouva la mort. Notre enquêteur est autorisé à fouiller dans la malle des vieux papiers conservés dans le grenier de la demeure ancestrale. Grâce aux lettres, il dispose alors d’un tableau évocateur. 

                Henriette, la mère de l’intéressé, veuve de son notaire de mari depuis 1880, devait élever ses enfants, Pierre, Clémence et Albert. L’étude était temporairement confiée au premier clerc. La famille vivait aussi du domaine rattaché à la demeure ancestrale. Mais les temps étaient durs : la fortune avait été laminée par la terrible crise des années 1880-1890, bien oubliée depuis. Henriette, au caractère épouvantable, adulait son fils aîné. Jeanne préparait son trousseau et Albert, au séminaire où il était  inscrit par mesure d’économie, se préparait à reprendre l’étude à sa majorité. Les Raucourt habitaient un modeste village bourguignon où se réunissaient et s’invitaient les membres de la petite société bourgeoise locale. Henriette faisait tout pour maintenir son rang, mais, à la maison, c’était la misère en col blanc. Dans ces mêmes années, le chef-lieu du canton devenait une petite ville ouvrière nourrie par le canal et surtout par le chemin de fer, un monde anticlérical et rouge. Pierre selon les lambeaux de la légende, ne faisait rien, si ce n’est de boire, de lutiner les filles et d’accumuler des dettes, ne voulant pas, apparemment, reprendre l’étude ou étant incapable de le faire. 

             Rien sur Pierre. Pas une lettre. Pas une allusion. Quittant les archives familiales, notre généalogiste, passant à d’autres sources, découvre que Pierre a vécu de 1905 à 1942 dans le Centre de la France comme artisan menuisier sans laisser d’enfant !

             Stupeur ! Questions.

            Comme tout historien mettant au jour le pan entier d’une affaire inconnue, fut-elle minuscule, Hubert se régale de ce secret soigneusement dissimulé. Selon lui, Albert est  un jeune homme, jaloux d’un aîné injustement adoré, qui a tout intérêt à ne partager qu’avec sa sœur les biens familiaux. Or c’est Albert qui, devenu notaire à sa majorité, s’occupe de l’héritage quand sa mère décède au début du 20e siècle et c’est encore lui qui, devenu maire, peut éviter de porter, en marge du registre d’État-civil de la commune, la mention du décès de son frère qui lui a été notifié en 1942. Très suspect !

            Dans un texte précis, Hubert, de sa petite écriture fine, relate que ses cousins ne veulent rien savoir de cette histoire car « on n’attente pas à la mémoire d’un mort. » Il écrit devoir abandonner ses recherches. 

            Albert, notaire et maire, reste donc pour ses descendants un homme intègre, très moral, très autoritaire, très rigide, d’une vertu sans faille. 

           Ce n’est pas tout. Hubert laisse aussi un texte où il tente d’expliquer cette étrange disparition  sans mettre en cause les turpitudes possibles de son frère. N’est-elle pas organisée avec son accord ? Pourquoi n’exige-t-il pas sa part d’héritage à la mort de sa mère ? Pour notre généalogiste, cet aîné, supposé disparu, a consenti à son exil sans retour. Peut-être à la suite d’un conseil de famille motivé par ses dettes, son inconduite, ou quelque chose de plus grave comme une rixe voire, ou, horreur, l’intervention du sous-préfet et des gendarmes parce qu’il s’est compromis dans une sombre affaire anarchiste.

            Nous, nous avons une autre explication à la fuite de Pierre : il a séduit une fille du pays, est le père d’un enfant né dans le coin – au village même, peut-être, la famille l’a éloigné alors avec son accord, tout en dotant la jeune mère et en s’occupant de l’enfant, il a des descendants en Bourgogne qui ignorent tout de lui.

            N’est-ce pas un comble qu’Hubert, qui a passé tant d’années à établir des filiations, taise l’existence possible d’une descendance de Pierre ? Poids du secret de famille sur l’inconscient de notre historien familial ? 

                                                                                           J. Sebillotte (décembre 2012-janvier 2013)

             

 

Publié dans Ecriture, Nouvelles Etiquette: ,