Catégorie: Ecriture

octobre 23rd, 2014 par Jean Sebillotte

Une anecdote. Je n’avais jamais lu du Modiano. Combler cette lacune s’imposait. Cet été, j’ai donc lu L’herbe des nuits choisi un peu au hasard parce que c’était un livre de poche  et voici ce que j’en ai écrit à mes petits camarades de notre groupe de lecture :

Patrick Modiano – L’herbe des nuits. Sur l’idée d’un retour en arrière dans sa vie et grâce à un carnet noir, le héros revisite son passé énigmatique et flou…À l’époque, il était apprenti écrivain. Sa compagne ( ?) d’alors a-t-elle tué et qui ? Et pourquoi ? Peut-être ai-je été distrait, je n’ai pas retenu la réponse !

Mais j’avais recopié sur ce blog une interview de Patrick Modiano À propos de secrets d’écriture. Je m’attachais alors à la démarche de l’écrivain et non à son résultat ( voir article du 20 avril 2013). J’avais donc oublié cela…Or en rentrant de nos vacances, le groupe décide de lire le dernier Modiano.

Notre flair a été largement récompensé. Quelques jours après notre décision, nous étions largement informés du prix Nobel qui lui était attribué. Nous nous sommes félicités pour notre flair !

Ce blog n’a pas été pris de court !

La suite…Plus tard !

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août 1st, 2014 par Jean Sebillotte

Maison Grignon_modifié-1                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                À Pérec

Depuis l’été 1946 où j’ai découvert la Bourgogne avec mon frère aîné, la chambre de la tourelle de la grande maison a marqué ma vie.

C’est un espace cubique, de trois mètres sur trois, percé de deux immenses fenêtres sous un plafond très haut. Celle de l’ouest donne sur le « pré de la vache, » qui, dominé par le hameau du village, bute sur la mare d’où part la route de Lantilly au dessus de laquelle les prés et bois montant à l’assaut du plateau et ferment l’horizon. La fenêtre du sud invite le regard à parcourir la plaine des Laumes bornée, en particulier, par le mont Auxois, où est situé le site de la bataille d’Alesia

Dans ce lieu, à l’inverse des deux fenêtres, la porte est décentrée. C’est le seul élément, avec le mur aveugle et sa cheminée, qui soit dissymétrique dans cette pièce claire, trop claire même, maintenant (et depuis longtemps) sans rideaux, équipée de persiennes qui ne bloquent que partiellement la lumière. La cheminée est donc face à la fenêtre de l’ouest. La lampe au plafond participe à ce parti pris de symétrie car elle pend depuis l’exact milieu du plafond.

Les meublent ajoutent à la dissymétrie de la chambre. Heureusement. Le lit double, une de ces grandes barcasses de noyer sombre qu’affectionnaient les contemporains de Louis Philippe, a toujours trouvé sa place à droite de la porte pour éviter d’avoir la lumière dans les yeux et de dormir le long des meurs froids. C’est le meuble majeur et disproportionné qui semble vouloir lutter à lui tout seul contre la symétrie de l’architecture. Pendant les quelques 40 ans où j’y ai couché à intervalles réguliers, le matelas étrangement bosselé et le sommier trop mou sont restés les mêmes. Le lit est resté bordé de deux vieilles carpettes identiques qui, traitresses, ont la fâcheuse faculté de se dérober sous vos pieds et manquent de vous envoyer bouler sur le parquet de chêne clair.

Étonnante permanence de ces vieilles maisons de famille où, pendant deux générations, le temps s’est arrêté, où la même odeur imprégnant les parties anciennes vous accueille dès l’entrée et vous invite à savourer les relents de cire, de confiture, de feu de bois et d’humidité. À Grignon, ce parfum vous quitte au seuil de cette chambre pour vous rappeler qu’elle était récente et n’a guère que cent ans d’âge. On peut respirer dans la pièce l’herbe fraichement coupée ou le fumet du fumier de la ferme voisine.

Dans cet endroit frais en été, glacial en hiver, un poêle de fonte émaillée a longtemps permis de dégourdir l’atmosphère sans vraiment la réchauffer.

Autre particularité, autre souvenir : à gauche quand on entrait, au-delà de la cheminée, trônait une toilette de marbre. On s’y lavait avec un broc et une grande soupière, tous deux de vieille faïence défraichie à fleurs roses. Un seau de métal émaillé recueillait l’eau salie. Au dessus du marbre une méchante glace biseautée et une lumière chiche.

Je dois confesser ma faible propension à me laver ici et deux fâcheuses habitudes : balancer l’eau usée sur la pelouse en contrebas et même, debout sur l’embrasure du sud, pisser tranquillement dehors en un hommage très masculin à la nature champêtre et campagnarde.

Oh ! Campagne ! Si, parfois, on entend monter une voiture par la route du bas, le plus souvent c’était le meuglement du taureau ou de ses compagnes qui envahissait ce domaine carré assailli de mouches obstinées à vouloir y vivre et à s’y reproduire (mais où exactement, on l’a jamais su). Ces insectes agaçants collent toujours aux vitres et les constellent de chiures toujours difficiles à nettoyer. Ce lieu n’est donc jamais vraiment silencieux sauf en hiver et encore faut-il alors oublier le ronflement  du poêle.

La maison est restée inhabitée 19 ans. L’humidité s’est infiltrée dans les murs car les chéneaux obstrués débordaient sans être curés. La tapisserie à fleurs, déjà pâlie, d’une couleur anciennement rose, s’est tachée de gris et de noir et s’est décollée en grande partie. On en a retiré des pans entiers. Le résultat en est une décoration aléatoire, mélange de plages de plâtre nu et de papier pisseux.

Cette turne m’est à présent hostile et je lui préfère, dans cette vaste demeure, redevenue familiale, « la chambre rouge, » qui doit son nom au passé.

 

Jean Sebillotte

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août 1st, 2014 par Jean Sebillotte

Ora fuit l’annonce de la mort redoutée d’Ofer, son second fils, qui a rempilé dans l’armée à l’issue de son service militaire.   Nous sommes en Israël. Ofer est le filsd’Ora et d’Avram  alors qu’Adam, l’aîné, est le fils d’Ilan. Ora est  intimement liée à deux hommes, Ilan et Avram, des amis intimes que la vie a séparés, deux amis avec les quels elle a lié connaissance à la sortie de l’adolescence dans un hôpital, avec lesquels elle a conçu les deux demi-frères. Le roman recèle un immense et splendide dialogue entre Ora et Avram. Ce dernier s’est refusé à voir son fils Ofer. Ora lui raconte sa vie et celle de son fils au cours d’une randonnée en Galilée… L’amour entre eux renaît…Tout le sel de cette histoire tient à l’habileté de l’auteur qui nous dévoile progressivement la vie passée des cinq protagonistes. Le présent et le passé alternent. Le texte est continu avec de simples intervalles entre les sections (ni parties, ni chapitres). La vie en Israël nous est suggérée par la référence constante aux relations difficiles des Juifs  avec les Palestiniens et les arabes, à  la colonisation et au rôle de l’armée et, parfois, à la bible et aux fêtes et rites (La bar-mitsva d’un fils par exemple, l’achat d’aliments casher). Les noms des lieux (villages et villes), qui sont à consonances  arabes  ou juives, nous renvoient à l’étrangeté de ce pays.

Comment vous donner l’envie de lire cette brique de 782 pages dans la collection Points  du Seuil ? J’ai imaginé de fournir ci-dessous une le fac-similé d’une page de ce livre. L’ouvrage se termine par une confidence précieuse de l’auteur… (avis au lecteur : ne pas oublier de double-cliquer pour lire en grand format la page reproduite) Une femme fuyant l'annonce-blog-net

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juin 10th, 2014 par Jean Sebillotte

Il existe de nombreuses anthologies. J’en pratique surtout deux. Georges Pompidou est l’auteur de la première, un modeste et remarquable livre de poche qui embrasse l’ensemble de la poésie française. L’ouvrage de Michel Décaudin, lui, plus étoffé, avec une préface de Claude Roy, publié chez Gallimard, se cantonne au XXe siècle.

Les deux ouvrages ont le mérite d’expliquer la démarche adoptée pour retenir poètes et poèmes. Leurs introductions sont fort instructives. Pompidou ne craint pas de traiter de LA POÉSIE, puis évoque LES POETES. Claude Roy s’en tient, plus modestement, à développer son incipit : « Toute anthologie est une provocation. »

Les deux ouvrages ont en commun de citer les « grands, » ceux que personne ne songe à récuser, mais divergent quant au choix des autres. La première raison, évidente, tient au champ choisi. Rien chez Pompidou de Jammes, Paul Fort, Bataille, Spire, Jarry, Anna de Noailles, Levet, Segalen, etc. sans oublier Senghor, Desnos, Aragon, etc. Rien, dans le second ouvrage, de Deschamps, Charles d’Orléans, Villon, Sponde, Régnier, etc. La seconde raison tient à la subjectivité du choix. Ainsi, parfois, l’absence est partagée : rien, par exemple, de Cocteau, de Radiguet (Vous devez avoir tort on ne meurt pas d’ennui). dans les deux livres.  Pompidou, vu son âge, est-il objectif s’agissant du XXe siècle ? Ignorer Prévert passe mais Aragon tout en citant largement Toulet ? Arrêtons là la comparaison des deux livres. On l’a compris ils ont complémentaires.

Je ne puis que les conseiller tous deux. Peut-on d’ailleurs en poésie se passer d’anthologies, de florilèges, d’ouvrages collectifs ? Les poèmes et les poètes sont légion. Qui peut se vanter de les connaître  ? L’anthologie, cette provocation, cet arbitraire, n’est-elle pas une nécessité ?

Ayons la modestie de lire et relire les anthologies à moins de nous cantonner à quelques poètes. On peut envisager une anthologie des anthologies…L’a-t-on réalisée ?

Contentons-nous de suivre Eluard : « le meilleur choix des poèmes est celui qu’on fait pour soi. » Ce qui est une invitation à ouvrir un ou plusieurs cahiers et à y recopier les poèmes aimés, une invitation à choisir soi-même les morceaux et poètes que l’on chérit.

Pompidou, à la fin de son ouvrage, nous donne l’exemple et nous fait part de son  « univers secret » en nous livrant ses vers préférés. La place qu’il donne à Baudelaire y est considérable, ce que je ne peux que saluer !

Ma mère aimait certaines citations. De Verlaine :  Imaginez un Jardin de Lenôtre,/ correct, ridicule et charmant (elle remplaçait Imaginez par comme). De Mallarmé : La chair est triste, hélas ! Et j’ai lu tous les livres. De Claudel et du Partage de midi, il me semble qu’elle m’a appris :  Mesa, je suis Ysé, c’est moi, ce que j’ai mémorisé  ainsi : Mesa, Ysé c’est moi. Et n’est-ce pas mieux ainsi ? Comme quoi un vers peut devenir très intérieur, très personnel… et très précieux.

Promis, je vais commencer mon anthologie ! Elle n’intéressera que moi  et ne sera pas publiée…

JS

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mai 11th, 2014 par Jean Sebillotte

Amis lecteurs, ce blog m’est précieux par la certitude que certains me lisent. Écrire sans interlocuteurs n’est pas vraiment tenable. D’où l’intérêt de participer  à des concours pour soumettre certaines  œuvres à des jurys de pairs.

Il en va de même pour la peinture. La pratique des salons n’a pas d’autre intérêt que de recueillir le jugement, en général sans concession, des amateurs et des professionnels.

Ce n’est pas vanité mais nécessité vitale pour l’artiste.

C’est pourquoi je fais ici mention des prix que je reçois. Le dernier est celui de l’association Terpsichore  http://www.poesie-terpsichore.eu/ qui m’a donné un prix pour ce poème court sur le thème imposé de l’art (celui du Printemps des poètes, plus précisément intitulé « Au cœur des arts. »)

L’art est divin

L’art est mystère

Et nous tentons ô chimère

Par nos petites manœuvres

De l’enfermer dans nos œuvres

Par bonheur l’effort est vain

S

 

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