Catégorie: Ecriture

septembre 11th, 2013 par Jean Sebillotte

Le livre de Klein et Perry-Salkow incite à la recherche. Je me s’y suis mis à partir de mon nom complet, soit Jean Marcel Sebillotte. Surprise : la tâche a été terrible ! Il m’a fallu des heures et des heures pour aboutir aux deux  anagrammes que voici :  Anagrammes renversantes           Mollet, je crains la bête et

 Ça ! Le Nil je l’embrase tôt !

Le troisième est-il digne de ma recherche ? Billotte, j’en écrase mal, car billotte ne figure pas au dictionnaire, que je sache à moins de citer des personnes plus ou moins célèbres, et j’en écrase est quelque peu familier et argotique !

Dans leur livre, les auteurs ne nous disent rien de leur travail. Comment s’est-il effectué ? Quelle méthode utiliser ? Le recours aux formules mathématiques a-t-il aidé ces scientifiques ? Comment ont-ils choisi leurs sujets. L’anagramme qu’il retiennent pour leurs noms les éloigne du français…Leur était-il possible d’en trouver un dans notre langue ? Le K et leW ne sont pas faciles à utiliser !

            Quel usage faire de ces résultats ? Je propose le texte suivant :

« Mollet je crains la bête. Peu costaud et peut-être timoré, je fuis et redoute l’animal dur et brutal. Je ne parais guère courageux, mais j’avoue tenir à mon intégrité. À quoi me servirait l’estafilade d’une corne de taureau, la morsure d’un requin, le coup de patte d’un ours ? » Voilà ce que me raconta Jean Marcel Sebillotte en veine de confidences. Il ajouta : « je rêvais ce matin même être en Égypte et incarner le soleil levant. J’étais le dieu Ra au petit matin et me disais : Ça ! Le Nil je l’embrase tôt. Je me réveillais tout heureux et fier de mon pouvoir ! »

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août 31st, 2013 par Jean Sebillotte

            Ce livre d’Agnès Desarthe, je l’ai ai acheté par pure impulsion. C’est un livre tout récent, paru en juillet 2013, d’une romancière que je ne connaissais pas. Il m’a passionné. Et voici pourquoi :Agnès n’aime pas lire. Elle aime écrire. Elle veut, très jeune écrire.

*

            Étonnante  expérience qu’elle relate avec brio. Je ne relate ici qu’une petite partie de sa vie. La voici en khâgne au lycée Fénélon, admise car bonne angliciste.

            ― Je suis là pour l’argent…dit-elle…Il faut souffrir pour être riche,…Je suis prête à tout…

            Agnès a comme professeur madame Barberis, apôtre du structuralisme. La bibliographie qu’il faut étudier comporte une soixantaine de titres. Agnès sait qu’elle ne les lira pas. En cours, Mme B. fait étudier la casquette de Charles dans Madame Bovary !

            ― Je constate que Flaubert est fou. Fou comme Marguerite Duras…En rentrant chez moi j’ouvre un cahier et me mets à copier, à la main et mot à mot, Madame Bovary…je vais apprendre à lire…l’horizon s’élargit…

            Plus loin :

            ― Des années durant, j’ai refusé de lire parce que mon grand-père maternel a été déporté, parce que la famille de mon père a été contrainte de quitter la Lybie, puis, l’Algérie, parce que malgré nos efforts, nous n’étions jamais suffisamment français…parce que la lecture…a été associée à la France, la France du terroir… « D’où écrit-on ? » me revient avec une violence, une vigueur nouvelle. « D’où lit-on » m’entends-je y répondre.

            Plus loin encore :

            ― En sortant de ma classe de khâgne, à dix-neuf ans, je ne dis plus que je n’aime pas lire. Ce n’est plus vrai…

            Et,

            ― À l’École normale supérieure, je m épanouis comme jamais…à partir de la découverte de Singer, je me mets à pouvoir tout lire. Un verrou a sauté…Je deviens une lectrice compulsive…

 *

             Voilà ce qui m’a passionné dans ce livre : l’étrangeté d’un parcours ! C’est page 120 que se situe le sommet. Après, ce sont des analyses puis la traduction :

            ―…j’ai traduit un livre qui a changé ma vie.

 *

             Je reviendrais sur un autre passage dans un autre article. Pourquoi ne pas essayer de le lire ce livre ? Le lire, même si l’on n’est pas lecteur compulsif ?

                                                                                                                                                                                                                                                     Jean S.

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août 30th, 2013 par Jean Sebillotte

Durant les vacances, j’ai, à partir d’un fait réel, écrit la première fable. La seconde a suivi en réponse au défi qu’on me lança.

 

Le chat et la grenouille

 Un chat fixe de ses yeux verts

Une grenouille béate.

Le félin, un rien pervers,

Guette sans hâte,

Le batracien, inconscient du danger,

Qui se repose, tel une plante.

D’un bond, sans déranger,

Le chasseur s’empare de la bête trop lente,

Puis, d’un air majestueux,

L’animal au pelage fastueux,

S’en va, en un secret endroit,

cacher ou manger sa proie.

 

Si vous êtes grenouille,

Ne jouez pas au pacha.

Et si vous êtes chat,

Évitez d’être bredouille.

 

Le frelon, la guêpe et l’abeille

Un frelon, empereur des insectes ailés,

Avec une guêpe voulut convoler.

La belle ainsi courtisée,

Refoule l’assaut d’un dard zélé,

Et, en retour, reçoit une giclée 

Du venin de son amant !

 

Une abeille sagace et avisée

Commenta prestement

L’affaire en ces termes :

« Pour que l’union soit heureuse et ferme,

Il convient de ne pas changer d’espèce.

Ainsi vous le diront le mulet et le bardot

Qui comme des badauds

Paissent,

Là-bas, dans la plaine.

Ils sont tristes d’être bâtards

Et de ne pouvoir espérer, même avec retard,

Une descendance lointaine. »

 

                                   Jean Sebillotte – août 2013

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juin 19th, 2013 par Jean Sebillotte

bord de mer

Le monologue de Léon

 

            Ça y est. La mer; enfin. Ici c’est tellement plat. J’ai de l’eau au mollet. Personne. Juin. Pas encore la saison. Que c’est tranquille ! J’aime ce temps clair et sans vent ! Germaine, derrière moi, doit apprécier et regarder l’horizon. Comme moi. L’eau est sombre là-bas. Germaine, derrière comme toujours. Pourtant, je la force pas. Depuis le temps. Cinquante ans déjà, à peu près. Pas la peine de me retourner. Je la connais si bien. Quand je pense qu’elle a été si fine, elle qui aimait la baignade. Il y a longtemps, c’est vrai. Maintenant c’est moi qui insiste. Je dis : « on y va, chérie ? » Pas de vent. Des petites vagues passent. Ça sent bon.Mes pieds s’enfoncent. Le sable est doux. Drôle de petit bruit. J’aime.

            Je vais piquer une tête. Ça c’est sûr. Germaine est restée habillée. Je la comprends pas. Maintenant elle met un pantalon. Du coup on voit son ventre. Elle est pas la seule. C’est la mode. Ah ! Les femmes ! Nous sommes vraiment seuls sur la plage. Étonnant. Pas de gamins qui crient, qui jouent dans l’eau. Et nous deux plantés là à regarder l’horizon.

            Je piquerai une tête. Bientôt. On a le temps. Il est pas encore midi. Cent mètres à avancer et je perds pied. Pas un enfant ici. Nous, on devrait être grands-parents. Germaine s’en plaint. Moi, je dis rien mais je regrette aussi. Où est le Botswana ? C’est là qu’est l’aîné. Médecin.

            Il va falloir que j’y aille à la baille ! Tiens, un petit poisson. Y en a plus guère. Au Botswana, doit y avoir au moins un lac. Que fait Jean-Michel le dimanche ? Pas plus marié qu’Émilie. A cause de nous ? Ça se pourrait. Les deux pas mariés et pas d’enfants. Et nous pas de petits-enfants. Émilie qu’est maintenant Femen. Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? En tout cas, aujourd’hui, il nous gâte.  Le soleil tape. Les épaules vont me bruler.

            Tu y vas, vieille carcasse ? On a le temps, bordel. Après on va se taper un gueuleton. Germaine va râler pour le principe. Quelle chouette journée. Femen,  Émilie ? Quelle mouche l’a piquée ? Seins nus chez les musulmans, c’est de la provoque. Pourvu qu’elle se chope pas une peine trop grave. Germaine n’en vivrait plus. Moi je dirai : « bien fait, ma fille, t’en fais trop. » 

            Alors j’y vais ? J’ai les pieds au frais et le crâne qui chauffe, un vrai palmier. Pas mal les oasis. J’ai aimé. Germaine aussi. La Vendée c’est mieux pour son cœur à Germaine. Tant pis pour moi. Quand même Émilie  femen ! Qui l’aurait prévu ? Pas moi. Ça me soucie quand même. J’ai pas l’air. Je les aime mes gosses. Mais pas de petits-enfants pour nous. Quand je les verrai, je les engueulerais. Il est temps que je sois grand-père.

            Et puis, merde, je me fous à l’eau. Elle est froide cette flotte !

                                                                                                                                                Jean Sebillotte

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juin 15th, 2013 par Jean Sebillotte

Photo pour lette-la vagabondeVersailles le 30 mars

                Chère Yolande,

               

                Tu t’étonneras, je le pense, en recevant cette lettre. J’ai eu ton adresse par Micheline. J’ai su. Donc tu sais ce que je sais.

                Cette photo que je joins à cette lettre était glissée dans un album que je ne regarde jamais, sauf pour mes petits-enfants. « Qui c’est ça ? » m’a dit Romuald ― quel prénom ! ―, qui a dix ans. J’ai longuement cherché puis, je me suis souvenu. Ce fut un déclic comme celui de l’appareil qui a pris cette photo, un de ces excellents appareils de l’époque qui, en argentique, vous donnaient des clichés si précis.

                 C’était en 1939 aux Sables- d’Olonne, j’en suis sûr. C’est toi ! Qui d’autre ? Je me le suis demandé longtemps. Non c’est toi, ce ne peut être que toi. N’avais-tu pas quatre ans. N’étais-tu pas déjà l’aînée isolée que tu restas tout ta vie ?

                Tu avais la tenue de l’époque, petite chose regardant les rouleaux où, maintenant, surfent les jeunes gens.  Ce devait être à la fin août, en plein midi. Nous allions repartir à Paris. Ce sera encore la guerre.

                Nos deux familles se sont perdues de vue. Pourras-tu me donner des nouvelles des uns et des autres ? Enfin,  si tu en as l’envie.

                Je sais que, nous deux, ça n’a pas été facile à la fin. J’ai bien des torts, je le sais aussi. Nous étions bien jeunes, même moi ton aîné. Tu aurais bien des raisons de ne pas me répondre. Pourtant, tu es pour moi la première, j’ose dire la seule, qui ait jamais compté.

                Si  je sais encore compter, te voilà proche de tes 80. Ce sera le 5 avril. Tu vois, je me souviens de tant de choses. Je regrette le temps de notre enfance, des vacances, de l’océan. Pourquoi avons-nous grandi ? Pourquoi nous être retrouvés étudiants, trop jeunes pour engager notre vie entière ? Je parle pour moi, bien sûr.

                Je t’envoie cette photo maritime et intime comme j’enverrais une bouteille à la mer. D’après ton adresse, tu es dans une maison. Micheline n’a rien voulu me confier sur toi. « Elle te  dira elle-même ce qu’elle souhaite que tu saches. » C’est d’une sagesse cruelle à nos âges.

                Je vais bien et peux aller te voir. Je conduis encore. Mais souhaites-tu me revoir ? Cela t’épargnerait une longe lettre et te ferait de la visite.

                En attendant un signe de toi, c’est très ému que je t’embrasse.

                                                                                              Firmin

PS- Je n’ai pas voulu me relire. Je n’aurais pas été sûr de t’envoyer ce courrier !

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