Voici ce que m’écrit Michel : « tu avais publié sur ton site une de mes nouvelles parues dans l’Echo: une rencontre inattendue à la Fontaine des Nouettes, joliment illustrée par tes soins. Dans la même veine j’ai écrit il y a quelques années trois autres nouvelles de science-fiction qui constituent une certaine forme de poésie… Les petits textes sont en PJ, conversation avec un terrien, une planète au relief inversé, la roue. »
Je vous livre ici le dernier texte (les autres suivront) :
La Roue
Nous sommes au 23e siècle. Les occupants de la station spatiale orbitale sont agités. Il est question d’un proche transfert. C’est toujours intéressant et attendu : des colis, des nouvelles, des vidéos, des médicaments et autres substances diverses, les intrants pour les bassins de culture, la recharge pour la pile nucléaire, etc. Mais la question obsédante est : combien de transférés ? La prison compte aujourd’hui 760 détenus pour 800 places. Combien sont-ils dans ce transfert ?
La navette a accosté dans la zone technique. Le bruit court immédiatement : « ils sont 40 !», « ils sont 40 !». C’est la consternation. Cela veut dire que les derniers gardiens vont repartir avec la navette et que la station va être définitivement abandonnée. C’était prévu, une surpopulation carcérale n’est pas admissible. C’est donc la fin programmée.
A la fin du 21e siècle, l’ONU avait débattu longuement. Une majorité de nations voulait la fin de la peine de mort. Une autre majorité avait accepté en l’échange de la mise place d’un bagne définitif où la société pouvait se débarrasser pour toujours des récidivistes les plus nocifs et totalement irrécupérables. Il avait donc été discuté un temps des îles Kerguélen, puis décidé de créer une station orbitale d’où personne ne reviendrait. C’est ainsi que la Roue a été créée.
C’est une station orbitale qui comme son nom l’indique a une forme de roue. La zone-vie se trouve sur la périphérie de la roue. La roue tourne autour de son axe pour créer une gravité artificielle. Les hommes circulent sur le pourtour, la tête tournée vers le centre de la roue. Si la vitesse de rotation décroît, les rétrofusées peuvent donner un petit coup de pouce. Ce sont d’ailleurs elles qui ont donné l’impulsion initiale. La zone-vie de la station occupe les 9/10e de la circonférence, la zone technique le reste. Elle comprend les cellules des condamnés , la cafétéria, les salles de sport, les serres pour les légumes et les fruits, les bassins de petits poissons qui se nourrissent des déchets et excréments, les réacteurs d’algues, plus particulièrement les réacteurs de spiruline. Cette cyanobactérie se nourrit du CO2 des occupants et le convertit en oxygène, elle a aussi l’immense avantage de produire des protéines riches. A elles seules ces dernières sont insuffisantes pour nourrir les occupants, il faut compléter avec des oméga 3 et de la vitamine C, c’est le rôle des serres et bassins. Au total l’écosystème fonctionne bien, il a été testé sur les premières colonies martiennes à la fin du 21e siècle. Des panneaux s’ouvrent et se ferment pour simuler le jour et la nuit.
Seulement la station va être abandonnée. Des scientifiques ont émis l’idée d’aller voir ce qui s’y passe après l’abandon. Mais le Conseil de Sécurité a dit non, il faut s’en tenir aux résolutions initiales. De toute façon les occupants, s’ils sont capables de maintenir la station en ordre de marche, et en principe ils en sont capables car ils ont été formés pour ça lors de leur détention, devraient survivre jusqu’à leur mort naturelle. La station comprend des caveaux où les morts et les suicidés sont enfermés, caveaux dépressurisés reliés au froid et au vide spatial.
Que va-t-il se passer vraiment dans ce cercueil collectif ? Avant la Roue il y a eu deux autres Roues 1 et 2 qui ont été abandonnées il y a 30 et 50 ans. Le centre de contrôle de Houston reçoit toujours des images et des messages longtemps après, laissant présumer que la vie subsiste dans ces stations abandonnées.
Voici la fin de ma petite aventure que le lecteur peut suivre en remontant le temps. Au total ce nouveau végétal, inconnu du quartier, a produit trois fruits et des feuilles que je mange quand elles sont très jeunes. Le fruit mûr est creux.
Il se mange farci ou non. Nora qui m’a fait connaître le cyclanthère a cuisné les deux fruits comme en témoigne la photo suivante. Délicieux. La farce joue bien sûr un grand rôle !
Il avait lentement, longuement, difficilement, écrit. Il avait repris dix fois, vingt fois même peut-être, les pages écrites. Il avait pesé les mots, modifié son plan, raccourci ou allongé ses chapitres. Plus il allait plus l’écriture le satisfaisait, moins il pensait son texte publiable. Une diffusion même pour ses proches, surtout pour ses proches d’ailleurs, lui semblait inutile. Serait-il compris ? Que leur apporterait-il ? Pourtant c’était pour eux qu’il s’était lancé ? Pour ses proches ? S’il le croyait au départ, Il en doutait de plus en plus. En réalité il écrivait pour lui – n’écrit-on pas pour soi d’abord ? Pour soi, pas pour les autres.
Une fois l’aventure terminée, il n’éprouva plus l’envie de communiquer ce qui était pour lui le résultat de tant d’efforts. Que faire de cette œuvre ? La question ne le taraudait plus. L’écriture l’avait soulagé, guéri même. Il doutait de l’intérêt pour les autres de cette plongée intime.
Devait-il brûler l’œuvre ?
Il ne le savait pas.
Il l’imprima, la relia, la fourra dans un tiroir. Il en garda le texte dans un des dossiers du ventre de son ordi, là il enfouissait ses textes. Peut-on demander à un écrivain de détruire son œuvre ? A un peintre de brûler ses toiles ? Ecrit-on seulement pour soi ?
Des années durant, il se posa cette question : dois-je détruire ce texte tellement intime ? Le lecteur risquera de le juger inconvenant, exhibitionniste, impudique et prétentieux, pire, insignifiant !
Il mourut sans la réponse car il n’avait jamais fait lire ce document.
N’était-ce pas la preuve de sa pusillanimité qu’il s’était reprochée toute sa vie ? Un véritable écrivain a le courage, qu’il n’eut pas, de détruire son œuvre ou de la publier. Ne rien décider n’est-ce pas la preuve d’une peur irraisonnée mais bien présente encore ? N’était-ce pas la preuve qu’il n’avait pas complètement guéri de l’anxiété qui le poussa, jadis, à écrire ce récit ?
Ses descendants placeraient-il les lignes qui précèdent en tête du récit qu’ils publieraient ?
Quand Anne m’ a parlé de son projet de publier certains de ses textes, nous sous sommes promenés sur internet pour regarder les sites concernés. De fil en aiguille nous avons abordé la question de la couverture du livre. Je lui ai proposé mon aide. Comme elle avait de moi un tableau qu’elle aimait beaucoup nous l’avons utilisé en réalisant la couverture à deux.
Quant au texte, je l’ai beaucoup aimé. Je l’ai trouvé excellent et j’adhère au texte de la 4e de couverture avec mes excuses pour le flou)
JS
On peut se procurer le livre à la Librairie du square Lamôme à Versailles l
Devant Charles, de petits machins noirauds, à l’assise cylindrique, dont la tête en coupole aplatie pourrait appartenir à de jeunes cèpes tête de nègre qui viendraient à peine d’émerger du sol. Ou bien, de tels bidules seraient-ils des boules de lave refroidie et craquelée, trouvées au flanc d’un de nos volcans démoniaques, ou, plus étrange encore, sur quelque planète inhabitée ?
La réalité est plus simple, triviale et ménagère. Ce sont des pâtisseries au chocolat, d’un noir homogène, d’une forme trop régulière pour être le fruit de la nature.
Annie les a confectionnées, ce matin même, pour son ami.
Il saisit l’une d’elles et la hume. Le parfum en est profond, exotique et brutal. Charles la soupèse. Sa légèreté lui suggère l’emploi de la farine. Son amie lui apprend qu’elle a utilisé aussi de l’amande en poudre, d’où la texture grenue du gâteau. Il en croque une bonne moitié qui emplit maintenant sa bouche. Sa langue explore le mélange savant et les miettes du gâteau. Il salive. Le goût du chocolat noir, amer et fort, domine celui, imperceptible, de l’amande délicate. Cette merveille odorante le renvoie à l’Afrique tropicale et à son enfance. Pour le consoler de peines enfantines, on lui donnait cette friandise cuite à la maison. Il en observait religieusement la fabrication et se réjouissait de la voir sortir du four à l’haleine sucrée et brûlante.
Charles avale la portion qui reste devant lui, avide de jouir de l’arrière-goût de cette petite chose savoureuse au parfum si prononcé. Il se ressert et se souvient, alors, de la tablette de chocolat noir que lui offraient, le dimanche, ses correspondants et qu’il dévorait le soir même après avoir retrouvé sa pension, incapable de maîtriser sa gourmandise et apaisant ainsi, peut-être, son chagrin d’avoir à reprendre la vie monotone et triste du pensionnat.
Il remercie Annie, l’embrasse et enfouit son visage dans sa chevelure noire dont il respire le parfum grisant.
– Que donnerait la même recette avec le chocolat au lait, se demande-t-il ?
Fallait-il tuer Christophe Dautheuil pour cette histoire de famille ?
Se procurer ce livre : Editions du bord du Lot
À Versailles : Librairies Antoine et La Vagabonde
À Porchefontaine : LIbrairie de la rue Coste
Et chez l'auteur, contact par mail.
Fred
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