Catégorie: Lectures

février 4th, 2015 par Jean Sebillotte

Ventrebleu, il me faut l’avouer, j’apprécie fort cet homme de bien, si remarquable qu’il faut que je vante ici et le marquis de Ranreuil et ses aventures. Contraint à se frotter à la canaille de basse extraction ou de noble lignage, engagé au service de sa Majesté Louis XV, il mène d’étranges enquêtes  de police.

Il n’eut pas fallu que je vous laissasse ignorer mon inclination car comment eussiez-vous su que j’aimais  ce gentilhomme ?

Lisez sacrebleu, lisez les aventures que nous narre avec bonheur Jean-François Parot et regardez sur les étranges lucarnes l’œuvre illustrée de belle manière en de savoureuses fictions.

 

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décembre 5th, 2014 par Jean Sebillotte

Espionnage

Ceci est une pure fiction et toute ressemblance avec des faits et des personnes réels  n’est qu’une coïncidence malencontreuse  (Note de l’auteur).

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 L’affaire éclata comme une bombe : un homme politique célèbre, H, aurait abusé d’une femme dans un grand hôtel de New York. Scandale mondial. L’homme était puissant. Il pouvait espérer une place de président dans son propre pays.  Certains de ses amis s’y employaient.

C’est ce que nous ont raconté les médias. On nous a servi une histoire qui révélait la faiblesse d’un grand leader. Voilà une star de la politique, qui aurait violé une pauvre femme de chambre. Quel délicieux fumet d’un scandale dans l’upper class ! Gravissime. Du pain béni pour ces États-uniens qui, s’ils ne badinent pas avec la morale sexuelle, adorent les armes à feu et s’en servent volontiers…Ne sont-ils pas d’hypocrites donneurs de leçons ? La violence OK,  but the sex is horrible.

Cette histoire a passionné les USA et le monde. Sexe, violence, pouvoir et argent, que rêver de mieux ?

Tout se passait en effet dans un monde où le luxe est banal et non dans quelque sordide ou anonyme banlieue. Et voilà un homme puissant condamné de façon préventive à de la prison et au bracelet électronique, gardé jour et nuit par des hommes qu’il devait payer ! Présumé coupable, à lui de se défendre ! C’est ainsi que vont les choses de la justice Outre-Atlantique.

*

Inutile de repasser ici un feuilleton que certains ont suivi avec passion. Le « grand H », sortant tout nu de sa salle de bain, saute sur  cette pauvre F. qui,  cependant, a continué le ménage d’une autre chambre après avoir été ainsi violentée. H s’en va prendre tranquillement son avion. Il est arrêté à l’aéroport.

Pourtant, à écouter les infos à suivre les tables rondes, que sait-on d’objectif ?

C’est autrement qu’il faut aborder l’affaire..

*

Seul Norbert Granger eut le courage d’affronter la  vérité en prenant les choses à l’envers. Il était parti de constats simples.

Les USA regorgeaient d’institutions d’espionnage plus ou moins étoffées. Les officielles, CIA , NSA et autres, mais aussi services de l’armée de terre, de l’armée de mer, de l’armée de l’air, jusqu’à des officines sans nom plus ou moins reliées aux précédentes, chargées d’espionner les instituts officiels… Bref aux USA, comme partout, il existait un monde de l’ombre qui bénéficiait soit de privilèges explicites, soit de complicités entre personnages très haut placés, des gens qui n’étaient jamais sur le devant de la scène et qui échappaient aux lois ordinaires.

Dans ce pays vertueux régnait l’omnipotence des instances judiciaires, avec un droit coutumier, avec des instances juridiques multiples jusqu’au niveau suprême, occupées à appliquer des lois contradictoires, empêtrées dans un maquis juridique toujours plus confus avec des situations inextricables.  Ainsi des humains étaient emprisonnés à Guantanamo,  au vu et au su de tous, sans pouvoir être jugés aux Etats-Unis eux-mêmes ! Ils étaient en effet hors du champ juridique… pour des raisons juridiques. Ils semblaient condamnés à demeurer là ad vitam aeternam, au vu et au su du monde entier.

Où était la justice là-dedans ? Qu’il jette le premier pavé, celui qui pourrait  expliquer cette situation. On croyait savoir ce qu’était  la Justice, cette valeur universelle, comprise de tous. Or les juges américains, eux, disait-on, ne jugeaient pas vraiment, ils arbitraient le combat qui se déroulait devant eux selon les lois en vigueur. L’accusé se défendait contre un procureur. Il pouvait passer des accords en indemnisant grassement les victimes réelles ou supposés.

Mais revenons à Granger.

La manière même dont le scandale avait été géré était tellement embrouillée que l’on pouvait penser que c’était exprès. Ce fut la conclusion de Granger : cet embrouillamini était une habile construction, un véritable jeu d’acteurs chevronnés.

Selon lui, tous, le « grand H », la femme de chambre, les avocats, le procureur, la police bien entendu, étaient de mèche. C’était une vraie pièce qui avait été jouée au monde entier. Ce n’était pas un complot comme certains l’ont cru mais une comédie fort bien montée, fort bien jouée.

Il faudrait un livre entier pour entrer dans les détails. Disons l’essentiel.

Le « grand H » est tout bêtement un espion ! Au service de qui ? Là Granger hésite. Il y a plusieurs pistes possibles. Pouvaient être en cause les services du Mossad et certains services américains. « H » aurait été recruté très jeune comme agent dormant, un agent que l’on peut « activer » des dizaines d’années après. Pour le recruter, les services auraient exploité des affaires qui pouvait compromette sa brillante carrière d’universitaire. Une fois devenu agent secret à son corpos défendant, il pouvait se révéler utile à certains moments pour les gens qui l’avaient piégé, d(utiliser cette vieille affaire oubliée de tous .

Cela Granger en faisait l’hypothèse car il est difficile de dépister un agent dormant !  Mais cette thèse expliquait bien l’imbroglio. Granger, s’il ne démontrait rien, donnait à ce propos des informations déroutantes qu’il serait trop long de détailler ici.

Résumons.

La  femme du « grand H » ? Elle était, elle aussi, un agent secret placé auprès de H, au point de l’avoir épousé. Cette femme, aimante certes, était aussi au besoin garde du corps et correspondante chargée de rendre compte.

L’agent traitant de « H » ? Un ex-conseiller de l’ambassade américaine à Paris, maintenant décédé, mais relayé aux USA, ce qui expliquait le passage à New York masqué par des considérations familiales.

F ? Cette femme était un agent du service américain impliqué, allié pour la circonstance à la CIA.

Les responsables de l’enquête ? « Approchés » de façon convenable, on leur avait vite fait comprendre qu’ils avaient affaire à une question touchant à la sécurité des USA. Ils étaient obligés d’obéir à de plus puissants qu’eux ! « Qui vous savez » couvrait l’affaire, leur avait-on dit. Les agents secrets ont le pouvoir d’enlever, de torturer, d’exfiltrer de leurs pays les ennemis du peuple américain. On parle de la Bastille. On daube sur le pouvoir absolu de nos rois… Qu’en est-il actuellement ? Pensez à Guantanamo.

Le procureur ? Un honnête élu, bien entendu mais lui aussi « averti » de son devoir.

Les avocats ? Tenus à l’écart. Ceux du grand H étaient assez fins pour deviner l’embrouille et s’en servir pour leur client, leur réputation n’étant entachée en rien. Celui de F. était surtout intéressé par l’odeur des dollars d’un procès au civil.

Les médias ? Manipulés et agités. Une telle affaire !

Le juge ?  Intègre et si ce n’est dupé, du moins empêché d’intervenir véritablement. Le système, nous l’avons dit, ne lui donnait guère de liberté.

*

Avec cette approche de Granger tout ne devient-il pas apparent ?

F. accumule les fausses déclarations. Devient un témoin peu fiable. Le « grand H » joue la victime, ses amis pointent l’absence de la  présomption d’innocence dans la justice américaine. Il est  soutenu bien entendu par sa femme malgré des torts connus de tous. Il perd tout dans l’affaire : son destin national, son job du moment, sa réputation. Les services le tiennent toujours par des dossiers rendant impossible sa destinée glorieuse.  La police, elle, n’a rien à perdre : n’a-t-elle pas très vite agi sans égards pour le puissant H ? Cela ne rassure-t-il pas l’Amérique ?  Ses valeurs de Justice et d’Egalité des citoyens devant la Loi  sont sauves (il faut de temps en temps faire oublier les statistiques accablantes sur ce point). Même avantage pour le procureur.

Pourquoi monter un tel spectacle à ce moment-là ? Evidemment pour empêcher H, cet agent secret dormant, d’accéder au plus haut poste politique d’un pays qui est quand même un ami. Le « grand H » ne risque-il pas de devenir un danger pour les services secrets et pour les USA eux-mêmes ?  Il vaut  mieux « exécuter » l’agent sans le tuer, ce qui aurait eu des inconvénients évidents.

Le « grand H » peut-il se défendre ? Impossible… Il peut tout juste limiter la somme qu’il doit payer. Sa réputation est  perdue mais il est vivant !

Ayant établi ou plutôt rétabli cette histoire, Granger ne peut, bien entendu, ni l’exposer ni, encore moins, l’imposer à qui que ce soit, où que ce soit ! Il ne peut même pas écrire un livre. Les services veillent.

 Jean Sebillotte

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octobre 23rd, 2014 par Jean Sebillotte

Une anecdote. Je n’avais jamais lu du Modiano. Combler cette lacune s’imposait. Cet été, j’ai donc lu L’herbe des nuits choisi un peu au hasard parce que c’était un livre de poche  et voici ce que j’en ai écrit à mes petits camarades de notre groupe de lecture :

Patrick Modiano – L’herbe des nuits. Sur l’idée d’un retour en arrière dans sa vie et grâce à un carnet noir, le héros revisite son passé énigmatique et flou…À l’époque, il était apprenti écrivain. Sa compagne ( ?) d’alors a-t-elle tué et qui ? Et pourquoi ? Peut-être ai-je été distrait, je n’ai pas retenu la réponse !

Mais j’avais recopié sur ce blog une interview de Patrick Modiano À propos de secrets d’écriture. Je m’attachais alors à la démarche de l’écrivain et non à son résultat ( voir article du 20 avril 2013). J’avais donc oublié cela…Or en rentrant de nos vacances, le groupe décide de lire le dernier Modiano.

Notre flair a été largement récompensé. Quelques jours après notre décision, nous étions largement informés du prix Nobel qui lui était attribué. Nous nous sommes félicités pour notre flair !

Ce blog n’a pas été pris de court !

La suite…Plus tard !

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août 1st, 2014 par Jean Sebillotte

Ora fuit l’annonce de la mort redoutée d’Ofer, son second fils, qui a rempilé dans l’armée à l’issue de son service militaire.   Nous sommes en Israël. Ofer est le filsd’Ora et d’Avram  alors qu’Adam, l’aîné, est le fils d’Ilan. Ora est  intimement liée à deux hommes, Ilan et Avram, des amis intimes que la vie a séparés, deux amis avec les quels elle a lié connaissance à la sortie de l’adolescence dans un hôpital, avec lesquels elle a conçu les deux demi-frères. Le roman recèle un immense et splendide dialogue entre Ora et Avram. Ce dernier s’est refusé à voir son fils Ofer. Ora lui raconte sa vie et celle de son fils au cours d’une randonnée en Galilée… L’amour entre eux renaît…Tout le sel de cette histoire tient à l’habileté de l’auteur qui nous dévoile progressivement la vie passée des cinq protagonistes. Le présent et le passé alternent. Le texte est continu avec de simples intervalles entre les sections (ni parties, ni chapitres). La vie en Israël nous est suggérée par la référence constante aux relations difficiles des Juifs  avec les Palestiniens et les arabes, à  la colonisation et au rôle de l’armée et, parfois, à la bible et aux fêtes et rites (La bar-mitsva d’un fils par exemple, l’achat d’aliments casher). Les noms des lieux (villages et villes), qui sont à consonances  arabes  ou juives, nous renvoient à l’étrangeté de ce pays.

Comment vous donner l’envie de lire cette brique de 782 pages dans la collection Points  du Seuil ? J’ai imaginé de fournir ci-dessous une le fac-similé d’une page de ce livre. L’ouvrage se termine par une confidence précieuse de l’auteur… (avis au lecteur : ne pas oublier de double-cliquer pour lire en grand format la page reproduite) Une femme fuyant l'annonce-blog-net

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juin 10th, 2014 par Jean Sebillotte

Il existe de nombreuses anthologies. J’en pratique surtout deux. Georges Pompidou est l’auteur de la première, un modeste et remarquable livre de poche qui embrasse l’ensemble de la poésie française. L’ouvrage de Michel Décaudin, lui, plus étoffé, avec une préface de Claude Roy, publié chez Gallimard, se cantonne au XXe siècle.

Les deux ouvrages ont le mérite d’expliquer la démarche adoptée pour retenir poètes et poèmes. Leurs introductions sont fort instructives. Pompidou ne craint pas de traiter de LA POÉSIE, puis évoque LES POETES. Claude Roy s’en tient, plus modestement, à développer son incipit : « Toute anthologie est une provocation. »

Les deux ouvrages ont en commun de citer les « grands, » ceux que personne ne songe à récuser, mais divergent quant au choix des autres. La première raison, évidente, tient au champ choisi. Rien chez Pompidou de Jammes, Paul Fort, Bataille, Spire, Jarry, Anna de Noailles, Levet, Segalen, etc. sans oublier Senghor, Desnos, Aragon, etc. Rien, dans le second ouvrage, de Deschamps, Charles d’Orléans, Villon, Sponde, Régnier, etc. La seconde raison tient à la subjectivité du choix. Ainsi, parfois, l’absence est partagée : rien, par exemple, de Cocteau, de Radiguet (Vous devez avoir tort on ne meurt pas d’ennui). dans les deux livres.  Pompidou, vu son âge, est-il objectif s’agissant du XXe siècle ? Ignorer Prévert passe mais Aragon tout en citant largement Toulet ? Arrêtons là la comparaison des deux livres. On l’a compris ils ont complémentaires.

Je ne puis que les conseiller tous deux. Peut-on d’ailleurs en poésie se passer d’anthologies, de florilèges, d’ouvrages collectifs ? Les poèmes et les poètes sont légion. Qui peut se vanter de les connaître  ? L’anthologie, cette provocation, cet arbitraire, n’est-elle pas une nécessité ?

Ayons la modestie de lire et relire les anthologies à moins de nous cantonner à quelques poètes. On peut envisager une anthologie des anthologies…L’a-t-on réalisée ?

Contentons-nous de suivre Eluard : « le meilleur choix des poèmes est celui qu’on fait pour soi. » Ce qui est une invitation à ouvrir un ou plusieurs cahiers et à y recopier les poèmes aimés, une invitation à choisir soi-même les morceaux et poètes que l’on chérit.

Pompidou, à la fin de son ouvrage, nous donne l’exemple et nous fait part de son  « univers secret » en nous livrant ses vers préférés. La place qu’il donne à Baudelaire y est considérable, ce que je ne peux que saluer !

Ma mère aimait certaines citations. De Verlaine :  Imaginez un Jardin de Lenôtre,/ correct, ridicule et charmant (elle remplaçait Imaginez par comme). De Mallarmé : La chair est triste, hélas ! Et j’ai lu tous les livres. De Claudel et du Partage de midi, il me semble qu’elle m’a appris :  Mesa, je suis Ysé, c’est moi, ce que j’ai mémorisé  ainsi : Mesa, Ysé c’est moi. Et n’est-ce pas mieux ainsi ? Comme quoi un vers peut devenir très intérieur, très personnel… et très précieux.

Promis, je vais commencer mon anthologie ! Elle n’intéressera que moi  et ne sera pas publiée…

JS

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