Catégorie: Lectures

août 9th, 2016 par Jean Sebillotte

Cher ami,

À mon tour de commenter un de vos livres. L’Herbier m’est bien parvenu. J’ai profité d’une semaine en Espagne pour le lire page après page. Le livre s’y prête par sa forme même. On suit l’histoire de cette famille qui est décrite pour aboutir au fils, dont je n’ai pas trouvé le prénom, qui, à la fin, reste seul dans la maison des parents, sur le dessus de la terre, ses parents étant désormais en-dessous…

« Le petit a grandi, il essaie de comprendre pourquoi Roger et Colette s’aiment et se haïssent, en même temps. » Effet de typo et de style. Le style. Vous m’aviez suggéré d’en mettre davantage pour le second roman, je crois. Dans L’Herbier, il est remarquable et je suis tombé  sur de multiples trouvailles qui m’ont plu et parfois étonné.

Le livre n’est ni gai ni optimiste. Il est même cruel. La vie vaut-elle d’être vécue ? Dieu ne répond pas, existe-t-il ? La destination est le cimetière. La vieillesse peut être un terrible naufrage. Le père apprend à l’enfant à faire un herbier, « doux cimetière de la nature morte ».

« On est heureux pour quelques heures, ou un peu moins malheureux »… « Croient-ils pouvoir être heureux ensemble » ?

« Heureusement il reste les mots »… « pour un  avenir vertigineux ».

*

C’est, pour moi, un beau livre que j’ai quitté pensif, d’autant que je lisais en même temps Les âmes grises tout aussi sombre.

Merci

Jean S.

 

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juin 3rd, 2016 par Jean Sebillotte

 

Une première lecture, il y a bien longtemps, de Poil de Carotte, enfant persécuté par sa mère. Ce livre très connu de Jules Renard, m’avait laissé un souvenir très fort.

De courts chapitres, de petites pièces comme autant de petites nouvelles et de petites scènes de théâtre. À chaque fois  un titre (on en trouve la longue liste dans la table des matières). Peu de personnages : madame Lepic, monsieur Lepic, grand frère Félix, sœur Ernestine, Honorine puis Agathe et Lui, Poil de Carotte.  Un aperçu par cet extrait :

                                                                              « LES POULES

                –  Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les poules.

                C’est vrai… (ici j’abrège)

                – Felix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic à l’aîné de ses trois enfants.

                – Je ne suis pas ici pour m’occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron.

                 – Et toi Ernestine ?

                – Oh ! moi, maman, j’aurais trop peur !

                Grand frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.

                – Dieu que je suis bête ! dit madame Lepic, je n’y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules.

                 Elle donne ce petit nom d’amour à son dernier né, parce qu’il a les cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte qui ne joue à rien, se dresse et dit avec timidité :

                – Mais, maman, j’ai peur aussi moi.

                – Comment ? répond madame Lepic, un grand garçon comme toi ! c’est pour rire. Dépêchez-vous, s’il vous plaît !

                – On le connaît, il est hardi comme un bouc, dit sœur Ernestine.

                                               Et cela continue pour finir ainsi :

                – Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs.

 

Le récit du POT est plus terrible… On mesure la peine de l’enfant…  Petit à petit, une vie de famille se révèle où monsieur Lepic apparaît comme le moins redoutable des acteurs, ce qui sauve probablement l’enfant. Moi, je bous à chaque fois que je lis cela. Jules Renard est un auteur qui reste et restera. Un jeudi soir, le 26 mai, Christophe André a vanté Le Journal de Jules Renard. C’était à la Grande librairie, sur France 5… Si l’adresse convient encore,  cliquer là-dessus pour retrouver l’épisode: http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie/diffusions/26-05-2016_481543

Si je dois vivre un peu, je le lirai, ce journal, je le lirai ! Il existe en version abrégée

JS

 

Édité en PRESSES POCKET avec préface de Jacques Perret

Jules Renard

 

 

 

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mars 31st, 2016 par Jean Sebillotte

Couverture Laurence M

Laure Murat écrit là un essai passionnant pour les amateurs de livres. Qui ne pratique peu ou prou la relecture ? C’est mon amie Maxence qui m’a passé cet ouvrage qui m’a scotché. Je le recommande donc chaleureusement, et vais l’offrir !  Laure M a pris conscience de la fragilité de certains souvenirs et de la perception différente qu’elle avait de certains livres qu’elle avait lus jeune et relus adulte. De là est lui est venue l’idée d’approfondir la question de la relecture.

Après une plongée dans la bibliographie, elle a conçu un questionnaire qu’elle a adressé à un grand nombre de romanciers, historiens, hommes de théâtre, journalistes, producteurs…  Elle a eu de bons retours qui lui ont donné la matière nécessaire pour écrire cette monographie.

Le livre comprend une première partie générale qui comprend la synthèse des données recueillies. Puis Laure M consacre plus de la moitié du livre à certaines des réponses écrites. On sait ce qu’on répondu vingt auteurs qui vont de Marianne Alphant à Cécile Wajsbrot, en passant par Christine Angot, Jean Echenoz, Philippe Forest et bien d’autres. Cette plongée dans les pratiques des uns et des autres m’a permis de m’interroger sur la mienne !

A vrai dire, chacun a sa propre approche et c’est cela qui est passionnant.

Dans la première partie, Laure M interroge la notion même de relecture (répétition, repris, jeu, redécouverte, réinterprétation, mouvement en arrière et en avant…). Elle nous promène dans Don Quichotte et dans Proust qui ont une place à part. Si je ne peux et ne veux pas fournir ici les résultats de l’enquête, sachez quand même que Proust arrive ne tête des auteurs relus, après c’est Flaubert, puis loin derrière Montaigne, Nietzsche, Virginia Wolf, ensuite viennent Baudelaire, Duras, Beckett, Shakespeare, puis Balzac, Barthes, Foucault, Michaux,, Faulkner, Sartre, Sterne, Platon, la Bible…

Et vous ? Relisez-vous ? Qui ? Comment ? Pourquoi ?

Jean Sebillotte

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mars 4th, 2015 par Jean Sebillotte

Le point faible de MH ? Sa fable n’est pas vraiment crédible. Son « futur » n’a aucune vraisemblance. Tant pis. L’auteur est suffisamment scientifique (un de mes bizuths à l’Institut National Agronomique de Paris) pour savoir que les sociétés n’évoluent pas si vite. Il avait déjà fait, selon moi, la même erreur pour des romans précédents. Pourquoi ? Parce qu’il tient à garder le même  narrateur, ce qui réduit la durée du roman et donc celle de son scénario ?

Néanmoins la force de son roman n’est-elle pas d’envisager la possibilité de l’irruption de l’Islam sur la scène politique de France. Il laisse le lecteur croire que le poids de l’Islam est assez fort pour qu’il semble « normal » que se constitue rapidement un parti musulman. L’islam de France très divisé et non politisé deviendrait capable d’avoir son parti, la Fraternité musulmane, avec un dirigeant hors norme, Mohammed Ben Abbes. Celui-ci prendrait la suite de Hollande dans sept ans !

C’est de la politique fiction en accéléré. Le précédent de Napoléon montre que c’est possible ! Mais il y avait eu déjà 10 ans de révolution pour « déblayer le terrain ».

Ceci posé, MH envisage qu’une France avachie (qui se bat pourtant en Afrique et au proche Orient contre les islamistes-djihadistes) céderait le pouvoir à ce leader extraordinaire, ce Mohammed Ben Abbes qui deviendrait le successeur de F. Hollande à l’issue de son second septennat. Dans sept ans !  En très peu de temps seraient instaurée en France de nouvelles règles : séparation des sexes à l’école, enseignement public sous tutelle musulmane, enseignement privé devenant la norme, femmes interdites de métiers professionnels, instauration de la polygamie, mise à l’encanr de l’enseignement supérieur… Une des universités de La Sorbonne serait achetée par l’Arabie Saoudite dont l’influence serait considérable, etc.…  La charia serait donc introduite sans douleur. Tout se ferait en douceur, sans véritable révolte, sans intervention des alliés… La France, corrompue par un christianisme – religion de femmes à l’opposé de l’islam religion d’hommes – devenu sans attrait et sans force, serait convertie assez rapidement à l’Islam.

Ben Abbes s’attèlerait à créer un empire nouveau autour de la Méditerranée, les Romains l’ont fait en tant de siècles, là ce serait facile et rapide (référence à Napoléon…).

Le héros, le narrateur, est un athée ou un agnostique, fort cultivé, universitaire de talent, admirateur de Huysmans sur le quel il a écrit une thèse remarquée qui sera la seule véritable production littéraire et professionnelle de sa vie – thèse qui lui permet de faire référence au christianisme. Cet homme, intelligent, obsédé par les femmes, encore sexuellement performant et soucieux de sa queue, buvant beaucoup, blasé, sans autre avenir que voir sa « plomberie » se dégrader, indifférent à la mort de ses parents séparés depuis longtemps, à l’humour lourd, incapable de créer une famille, indifférent à l’humanité, vit cette mutation douce sans trop de dommages. Il se convertit finalement à l’Islam, ce qui a bien des avantages pour lui qui va se voir doté d’une jeune femme et d’un salaire très conséquent. Il rejoint le camp des gens supérieurs qui doivent surplomber une majorité sans beaucoup de moyens pour vivre (un beau programme social !).

Car, ne pas l’oublier, Islam signifie soumission (à Dieu) et la soumission a bien des vertus. Quant à la conversion elle est facile : il suffit devant témoins de dire en arabe phonétique : « Je témoigne qu’il n’y a pas d’autre divinité que, et que Mahomet est l’envoyé de Dieu ». Apparemment, il n’est pas nécessaire de pratiquer le culte !

Il ne convient pas, dans ce livre, de rechercher une échappée vers la vie spirituelle. L’amour de Dieu et du prochain n’est pas le souci premier de l’auteur. On est loin du mysticisme religieux commun à toutes les religions. Les critiques soulignent le caractère veule du narrateur, la présentation d’un Islam unique, sunnite et arabe, un Islam « islamiste ». Pour Houellebecque, la féroce concurrence des Chiites (Iran, Irak, Syrie, Liban, Yémen et même Arabie Saoudite) et des Sunnites n’existe pas. L’Islam est un. Et cela je l’ai ressenti vivement. Le modèle n’est pas celui la Tunisie mais de l’Arabie Saoudite. Pour certains, MH est raciste et son livre est une charge contre un Islam caricaturé. Ce serait de l’islamophobie au second degré !

Je n’ai pas en vue une thèse universitaire à la quelle  je pourrais consacrer sept ans de ma vie… Je ne puis juger l’œuvre de cet homme. Je remarque qu’il surfe toujours sur des sujets contemporains : ici le retour des religions et l’arrivée de l’Islam en France et en Europe. Il peut être très sommaire : selon son narrateur, il va de soi que progressivement l’Islam convertira le monde entier. Il est même prévu que la Chine et l’Inde y passeront ! Quant aux Amériques, il n’en est pas question !

**

Moi qui n’aimais pas Houellebecq, j’ai apprécié ce dernier roman pour son style, pour son personnage principal peu sympathique mais fort bien campé, pour la qualité du récit, pour avoir abordé le difficile sujet de l’Islam. C’est un roman, pas un essai. Peut-être suis-je un lecteur trop naïf ?

Peut-être, à fréquenter depuis longtemps la question de l’Islam, ai-je fait la part des choses ?

Une fois encore, la maîtrise de la langue est remarquable.

Pour le reste, pour des avis divers, que les lecteurs se rendent sur le net !

JS

Je signale ici un témoignage ancien de Danièle sur sa relation avec les livres de Houellebecq au long de sa vie. Cliquer sur ce lien du blog « Le clairon sonne la retraite ». http://leclairon.blog.lemonde.fr/2010/11/19/la-rentree-des-livres/

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février 25th, 2015 par Jean Sebillotte

Propos -Jean SaletteJean Salette est un très ancien copain. Nous avons préparé ensemble l’agro de Paris. À l’école où nous avons été reçus à une place près, nous avons suivi des chemins parallèles. La première année nous avons partagé une chambre exigüe à la Cité universitaire au pavillon de l’agro. Nos chemins se sont recroisés quand j’ai été nommé chef de la  « mission eau-nitrates » chargée de faire progresser la lutte contre la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole. Jean Salette directeur de la station d’Angers de l’INRA était devenu le spécialiste reconnu des productions fourragères.

Son livre traite d’ailleurs de questions relatives à ces productions. Il y consacre plusieurs chapitres, les autres étant dédiés à des sujets variés mais en lien avec l’agronomie et la recherche.

Dans ce livre très personnel, l’auteur « suggère à [ses] lecteurs d’aborder ce livre sans un esprit très libre : les chapitres sont totalement différents l’un de l’autre et il n’y a pas d’ordre particulier pour les consulter. Peut-être même vaut-il mieux commencer par ouvrir le livre au hasard, quitte à relire ensuite, ce qui n’est sans doute pas la plus mauvaise méthode pour avoir une approche de  sa diversité ».

Pennac, avec ses dix droits du lecteur, ne contredirait pas Jean Salette :

1 – Le droit de ne pas lire
2 – Le droit de sauter des pages
3 – Le droit de ne pas finir un livre
4 – Le droit de le relire
5 – Le droit de lire n’importe quoi
6 – Le droit au Bovarysme
7 – Le droit de lire n’importe où
8 – Le droit de grappiller
9 – Le droit de lire à haute voix
10 – Le droit de se taire

In Comme un roman.

Pour les plus savants, se reporter à l’analyse de Dunglas sur le site de l’Académie de l’agriculture en cliquant sur le lien suivant : http://www.academie-agriculture.fr/publications/les-academiciens-ecrivent

Pourquoi ne pas commencer par le chapitre dédié à Curnonsky, prince des gastronomes, ou
par celui que Jean S. a intitulé : « les mots pour dire les agrumes » ?

Jean Sebillotte

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