Catégorie: Lectures
avril 5th, 2017 par Jean Sebillotte
Ce livre de Tanguy Viel nous a été offert à ma femme et moi par un de ses frères qui l’avait lu dans la foulée. Je l’ai lu plus lentement pris par d’autres lectures et occupations. C’est un excellent livre qui nous immerge dans l’atmosphère marine de Brest, en bord de mer. Une histoire racontée à l’envers. D’entrée de jeu on sait que Kermeur a balancé à un type à la mer. Il continue ainsi : Puis je suis rentré chez moi à la barre d’un Marry Fisher de neuf mètres de long, comm
e si c’était mon propre bateau que je pilotais, assis sur le siège en cuir derrière la vitre piquée de sel, à mes pieds les tourteaux résignés ». Le ton est donné. C’est un roman à la première personne, aux phrases le plus souvent très longues où Kermeur confie à son interlocuteur (je ne le nommerai pas ici) comment il en est arrivé là, en précisant sa pensée, en hésitant, avec un souci constant de vérité. Page 141 il nous explique : « Vous savez ce que c’est, j’ai dit, de l’argent dans un cerveau, ça n’a rien à voir avec ce que vous pourriez faire avec ou ce qui vous manque au quotidien, je veux dire, si j’avais eu la capacité un seul instant de convertir cet argent »… Etc. La phrase continue à se dérouler sur plusieurs lignes. L’auteur surprend par ses images. Je me suis dit souvent que j’aurais aimé trouver les formules moi-même sans être jaloux –ou si peu – tant l’auteur écrit juste.
Et on reste jusqu’à la fin du livre dans un coin de la Bretagne contemporaine au bord de la rade… Nous sommes complices de Kermeur, nous le comprenons. Ce presque monologue nous tient en haleine jusqu’à la fin.
J’en dis ici le moins possible pour ne rien dévoiler du livre.
Lisez-le !
JS
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décembre 9th, 2016 par Jean Sebillotte
Ce livre est celui d’un ami, Xavier Jacquey, qui a déjà eu dans ce blog, le 20 avril 2012, un commentaire pour son ouvrage précédent « Ces appelés qui ont dit non à la torture ».

Xavier m’a demandé d’illustrer la couverture de ce nouveau livre selon ses désirs. Le graphiste en moi a été heureux de cette demande dont on voit ici le résultat – qui vient pour moi après la maquette de la couverture de mon dernier roman.
Ce livre sur les enfants de la DDASS est à lire par ceux qui s’intéressent à tous ceux dont la vie est vécue en marge. Dans Fred, j’avais imaginé que mon héros avait été placé et mon livre était aussi celui d’une résilience. Mais Fred était orphelin. Le livre de X. Jacquey, lui, met l’accent sur la réforme de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) qui a redonné leur place aux parents qui, auparavant, étaient jugés « mauvais ». Fred, lui, s’il avait eu un père absent avait une « bonne » mère qui, malheureusement, est décédée. Par contre l’ASE l’avait séparé de son frère… pratique détestable, dorénavant abandonnée.
Lisez donc ce livre pour toutes ces raisons et parce que c’est un livre étonnant ce que souligne déjà la 4e de couverture !

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août 21st, 2016 par Jean Sebillotte
D’Évelyne Bloch-Dano, je n’ai lu que deux biographies, celle de Madame Zola et celle de Madame Proust. Elle m’ont vivement intéressé à chaque fois. On découvre un auteur et son monde par l’histoire d’une personne qui lui est toute proche. Passionnant. Je suggère cette lecture aux curieux. Quant à l’auteur, pourquoi ne pas aller sur son site : http://www.ebloch-dano.com ? Je ne me vois pas établir la biographie de Madame Bloch-Dano !
JS
PS- Je n’imaginais pas combien Proust avait dépendu de sa mère. Et réciproquement… En outre, le livre nous présente le milieu dans lequel ont vécu la mère et le fils.
Publié dans Lecture, Lectures Etiquette: biographie, Evelyne Bloch-Dano, Madame Proust
août 9th, 2016 par Jean Sebillotte
Cher ami,
À mon tour de commenter un de vos livres. L’Herbier m’est bien parvenu. J’ai profité d’une semaine en Espagne pour le lire page après page. Le livre s’y prête par sa forme même. On suit l’histoire de cette famille qui est décrite pour aboutir au fils, dont je n’ai pas trouvé le prénom, qui, à la fin, reste seul dans la maison des parents, sur le dessus de la terre, ses parents étant désormais en-dessous…
« Le petit a grandi, il essaie de comprendre pourquoi Roger et Colette s’aiment et se haïssent, en même temps. » Effet de typo et de style. Le style. Vous m’aviez suggéré d’en mettre davantage pour le second roman, je crois. Dans L’Herbier, il est remarquable et je suis tombé sur de multiples trouvailles qui m’ont plu et parfois étonné.
Le livre n’est ni gai ni optimiste. Il est même cruel. La vie vaut-elle d’être vécue ? Dieu ne répond pas, existe-t-il ? La destination est le cimetière. La vieillesse peut être un terrible naufrage. Le père apprend à l’enfant à faire un herbier, « doux cimetière de la nature morte ».
« On est heureux pour quelques heures, ou un peu moins malheureux »… « Croient-ils pouvoir être heureux ensemble » ?
« Heureusement il reste les mots »… « pour un avenir vertigineux ».
*
C’est, pour moi, un beau livre que j’ai quitté pensif, d’autant que je lisais en même temps Les âmes grises tout aussi sombre.
Merci
Jean S.
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juin 3rd, 2016 par Jean Sebillotte
Une première lecture, il y a bien longtemps, de Poil de Carotte, enfant persécuté par sa mère. Ce livre très connu de Jules Renard, m’avait laissé un souvenir très fort.
De courts chapitres, de petites pièces comme autant de petites nouvelles et de petites scènes de théâtre. À chaque fois un titre (on en trouve la longue liste dans la table des matières). Peu de personnages : madame Lepic, monsieur Lepic, grand frère Félix, sœur Ernestine, Honorine puis Agathe et Lui, Poil de Carotte. Un aperçu par cet extrait :
« LES POULES
– Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les poules.
C’est vrai… (ici j’abrège)
– Felix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic à l’aîné de ses trois enfants.
– Je ne suis pas ici pour m’occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron.
– Et toi Ernestine ?
– Oh ! moi, maman, j’aurais trop peur !
Grand frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.
– Dieu que je suis bête ! dit madame Lepic, je n’y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules.
Elle donne ce petit nom d’amour à son dernier né, parce qu’il a les cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte qui ne joue à rien, se dresse et dit avec timidité :
– Mais, maman, j’ai peur aussi moi.
– Comment ? répond madame Lepic, un grand garçon comme toi ! c’est pour rire. Dépêchez-vous, s’il vous plaît !
– On le connaît, il est hardi comme un bouc, dit sœur Ernestine.
Et cela continue pour finir ainsi :
– Poil de Carotte, tu iras les fermer tous les soirs.
Le récit du POT est plus terrible… On mesure la peine de l’enfant… Petit à petit, une vie de famille se révèle où monsieur Lepic apparaît comme le moins redoutable des acteurs, ce qui sauve probablement l’enfant. Moi, je bous à chaque fois que je lis cela. Jules Renard est un auteur qui reste et restera. Un jeudi soir, le 26 mai, Christophe André a vanté Le Journal de Jules Renard. C’était à la Grande librairie, sur France 5… Si l’adresse convient encore, cliquer là-dessus pour retrouver l’épisode: http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie/diffusions/26-05-2016_481543
Si je dois vivre un peu, je le lirai, ce journal, je le lirai ! Il existe en version abrégée
JS
Édité en PRESSES POCKET avec préface de Jacques Perret

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