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août 30th, 2013 par Jean Sebillotte
Durant les vacances, j’ai, à partir d’un fait réel, écrit la première fable. La seconde a suivi en réponse au défi qu’on me lança.
Le chat et la grenouille
Un chat fixe de ses yeux verts
Une grenouille béate.
Le félin, un rien pervers,
Guette sans hâte,
Le batracien, inconscient du danger,
Qui se repose, tel une plante.
D’un bond, sans déranger,
Le chasseur s’empare de la bête trop lente,
Puis, d’un air majestueux,
L’animal au pelage fastueux,
S’en va, en un secret endroit,
cacher ou manger sa proie.
Si vous êtes grenouille,
Ne jouez pas au pacha.
Et si vous êtes chat,
Évitez d’être bredouille.
Le frelon, la guêpe et l’abeille
Un frelon, empereur des insectes ailés,
Avec une guêpe voulut convoler.
La belle ainsi courtisée,
Refoule l’assaut d’un dard zélé,
Et, en retour, reçoit une giclée
Du venin de son amant !
Une abeille sagace et avisée
Commenta prestement
L’affaire en ces termes :
« Pour que l’union soit heureuse et ferme,
Il convient de ne pas changer d’espèce.
Ainsi vous le diront le mulet et le bardot
Qui comme des badauds
Paissent,
Là-bas, dans la plaine.
Ils sont tristes d’être bâtards
Et de ne pouvoir espérer, même avec retard,
Une descendance lointaine. »
Jean Sebillotte – août 2013
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juin 15th, 2013 par Jean Sebillotte
Versailles le 30 mars
Chère Yolande,
Tu t’étonneras, je le pense, en recevant cette lettre. J’ai eu ton adresse par Micheline. J’ai su. Donc tu sais ce que je sais.
Cette photo que je joins à cette lettre était glissée dans un album que je ne regarde jamais, sauf pour mes petits-enfants. « Qui c’est ça ? » m’a dit Romuald ― quel prénom ! ―, qui a dix ans. J’ai longuement cherché puis, je me suis souvenu. Ce fut un déclic comme celui de l’appareil qui a pris cette photo, un de ces excellents appareils de l’époque qui, en argentique, vous donnaient des clichés si précis.
C’était en 1939 aux Sables- d’Olonne, j’en suis sûr. C’est toi ! Qui d’autre ? Je me le suis demandé longtemps. Non c’est toi, ce ne peut être que toi. N’avais-tu pas quatre ans. N’étais-tu pas déjà l’aînée isolée que tu restas tout ta vie ?
Tu avais la tenue de l’époque, petite chose regardant les rouleaux où, maintenant, surfent les jeunes gens. Ce devait être à la fin août, en plein midi. Nous allions repartir à Paris. Ce sera encore la guerre.
Nos deux familles se sont perdues de vue. Pourras-tu me donner des nouvelles des uns et des autres ? Enfin, si tu en as l’envie.
Je sais que, nous deux, ça n’a pas été facile à la fin. J’ai bien des torts, je le sais aussi. Nous étions bien jeunes, même moi ton aîné. Tu aurais bien des raisons de ne pas me répondre. Pourtant, tu es pour moi la première, j’ose dire la seule, qui ait jamais compté.
Si je sais encore compter, te voilà proche de tes 80. Ce sera le 5 avril. Tu vois, je me souviens de tant de choses. Je regrette le temps de notre enfance, des vacances, de l’océan. Pourquoi avons-nous grandi ? Pourquoi nous être retrouvés étudiants, trop jeunes pour engager notre vie entière ? Je parle pour moi, bien sûr.
Je t’envoie cette photo maritime et intime comme j’enverrais une bouteille à la mer. D’après ton adresse, tu es dans une maison. Micheline n’a rien voulu me confier sur toi. « Elle te dira elle-même ce qu’elle souhaite que tu saches. » C’est d’une sagesse cruelle à nos âges.
Je vais bien et peux aller te voir. Je conduis encore. Mais souhaites-tu me revoir ? Cela t’épargnerait une longe lettre et te ferait de la visite.
En attendant un signe de toi, c’est très ému que je t’embrasse.
Firmin
PS- Je n’ai pas voulu me relire. Je n’aurais pas été sûr de t’envoyer ce courrier !
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avril 20th, 2013 par Jean Sebillotte
Pour tenter de comprendre mon vécu de jeune auteur et examiner ma situation, je commence à me balader sur la toile. Et voici ce que je trouve sur le site « envied’ecrire.com » et reproduis ici. Il y a quelques temps, j’évoquais Elisabeth George et son livre Mes secrets d’écrivains. Peut-on imaginer des démarches aussi dissemblables ?
Un jour, peut-être, expliquerai-je la façon que j’ai trouvée d’écrire ? Il serait prétention de le faire tant que je n’ai pas trouvé d’éditeur, autre que des gens qui m’ont publié à compte d’auteur. C’est là mon point de vue actuel. Peut-être changerai-je d’avis. Chi lo sa ?
Les secrets d’écriture de Patrick Modiano
Né en 1945, Patrick Modiano est l’auteur d’une trentaine de romans publiés pour la plupart chez Gallimard. C’est en 1967 qu’il publie La Place de l’étoile, son premier roman sur l’Occupation couronné du prix Roger Nimier. Après La Ronde de nuit de 1969, il reçoit en 1972 le Grand prix du roman de l’Académie française pour Les Boulevards de ceinture. En 1978, il parvient à la consécration avec son sixième roman, Rue des boutiques obscures, en recevant le Prix Goncourt.
A l’occasion de la sortie de son roman Horizon en 2010, Patrick Modiano avait accordé un entretien au magazine français Lire.
Relisez-vous vos précédents romans avant d’écrire le nouveau ? Non, mais je suis obligé de le faire lorsque paraissent des éditions de poche. C’est très désagréable. J’ai toujours envie de corriger certains détails. C’est le problème des livres qui ont été écrits très jeune, c’est-à-dire jusqu’à 35 ou 40 ans. Vingt ans après, les lire procure un drôle d’effet. Semblable à celui que l’on ressent quand, à 60 ans, on se voit dans un film ou un documentaire à l’âge de 20 ou 30 ans… C’est très bizarre. Et cela interroge la question de l’âge. Je me demande ce que ressentent les vieux comédiens qui se revoient dans des films tournés lorsqu’ils avaient 20 ans. Ça doit être très dérangeant, non ? Se reconnaît-on ? Qui reconnaît-on ? J’ai l’impression que ce sentiment dérangeant se stabilise à partir de 45 ans. A cet âge, il peut encore y avoir des changements terribles, mais, pour l’essentiel, tout est joué.
Où situez-vous la frontière entre la fiction et le récit ? Le point de départ est toujours quelque chose de très précis qui ne relève pas de la fiction. Un détail. Ou une scène. Quelque chose qui a véritablement eu lieu. Un morceau de réalité. Après, je mélange ces bribes de réel à ce qu’elles auraient pu devenir. Et ça devient une sorte de fiction. L’horizon est né de cette façon : la scène primitive est une scène où je voyais quelqu’un attendre une autre personne à la sortie d’un bureau.
Comment écrivez-vous ? Je pars du concret pour aller vers la fiction. J’utilise souvent le nom de personnes qui ont vraiment existé parce que ça m’aide à soutenir l’échafaudage. Je détourne leurs noms, bien sûr.
Quelle est votre unité première : la phrase, le paragraphe ? La phrase. La première phrase, la plupart du temps. Mais quand on écrit, on part à l’aveuglette. Pendant le premier mois, je me sens très souvent découragé, je me demande si je dois continuer. C’est comme si je conduisais en plein brouillard, sans rien voir devant moi mais je poursuis ma route, sans savoir où aller, avec parfois la sensation ou la crainte de m’être engagé dans une voie sans issue. Mais ce qui est très bizarre, c’est que, quand j’ai cette intuition de m’être engagé sur une fausse route, j’essaie de rattraper la route principale plutôt que de faire marche arrière. Au lieu d’abandonner, de me dire : « C’est une fausse piste, il faut que j’arrête, tant pis », je continue et j’essaie de rattraper la route principale.
Avez-vous connu ce sentiment avec tous vos romans ? Oui, tous. Pour certains, il y a peut-être eu une petite ligne droite… Mais je ne suis pas comme ces écrivains qui tracent le sillon avec constance et confiance. Il y a toujours ou presque ce détour et cette sensation, au dernier moment, d’être comme un trapéziste qui parvient, in extremis, à rattraper le trapèze qu’on lui a lancé.
Par quel moyen (ou quel miracle) retrouvez-vous le chemin ? Comment rattrapez-vous le trapèze ? Par la phrase, justement. Un paragraphe ou une page qui me semblent catastrophiques le soir peuvent être rétablis le lendemain matin par une phrase. Ou en supprimant quelque chose. Mais j’ai, chaque matin, une impression de rattrapage de ce que j’ai fait la veille. Je n’ai jamais connu cette impression d’écrire en ligne droite. C’est comme si vous naviguiez en essayant d’éviter les écueils et que, au dernier moment, vous les contourniez. Utiliser des blocs de réalité, notamment des noms propres de gens que j’ai pu croiser, m’aide à effectuer ce rattrapage. Quelquefois, je cannibalise certains trucs, c’est-à-dire que je me sers de plusieurs segments qui pourraient chacun être un roman différent.
Ce qui explique que le lecteur ait souvent l’impression, à vous lire, que tel ou tel passage pourrait être le point de départ d’un autre roman…Oui, j’en suis tout à fait conscient. Pour essayer de redresser la barre, je me sers de segments qui auraient pu être développés dans des romans ultérieurs mais que j’ai besoin de mettre bout à bout dans celui qui est en cours d’écriture. Je suis comme quelqu’un qui essaie de trouver un dopage artificiel. Je cherche ce qui pourrait me stimuler. En joaillerie, on appelle cela un serti invisible. C’est-à-dire que l’on ne s’aperçoit pas de la mise bout à bout de plusieurs segments, on ne voit que la fluidité. J’essaie de travailler ainsi. Ou plutôt, je ne peux que travailler ainsi. Ce qui me laisse toujours un sentiment assez désagréable.
Mais faut-il déduire de cette méthode que vous n’avez pas un rapport heureux à l’écriture ? Non. Ce qui aggrave mon cas, c’est cette rêverie préalable à tout commencement d’écriture et dont j’ai besoin avant de passer à l’acte. Je suis comme ces gens qui sont au bord d’une piscine et attendent des heures avant de plonger : écrire, pour moi, est quelque chose de désagréable, donc je suis obligé de rêver beaucoup avant de m’y mettre, de trouver des façons de rendre agréable ce travail assez long et difficile, de trouver un dopant. J’ai d’ailleurs compris, maintenant, la raison de l’alcoolisme de beaucoup de grands écrivains : je crois qu’il s’agit de cette perpétuelle baisse de tension et l’alcool fonctionne comme le grand dopant, même quand on a fini d’écrire.
Et vous, quel est votre dopant ? L’alcool ? Non, pas du tout. Je marche beaucoup. Je rêvasse. Je me mets dans une sorte d’état second à partir de morceaux de réalité, souvent du passé, parfois des noms propres. Cette perpétuelle hésitation transparaît peut-être dans mes livres… Je ne me rends pas compte.
Non, justement. (…) Pour arriver à cette fluidité, faites-vous un gros travail de réécriture ? Non. Je corrige parfois quelques phrases, bien sûr, mais lorsque j’ai terminé un livre, je ne le récris pas, je ne fais pas de changements, je ne le reprends pas. Il est écrit.
Quelle est votre discipline ? Si on n’arrive pas à écrire tous les jours, on perd le fil et le découragement s’installe. On se dit « à quoi bon ? » et c’est foutu ! J’écris tous les jours pour ne pas laisser le découragement s’installer en moi. Et parce que j’aurais trop de mal à reprendre après une interruption, même brève. On perd facilement le fil, dans ce genre de travail, vous savez… D’autant que, comme je vous l’ai dit, je ne vois jamais le but vers lequel mes livres tendent. Si je laisse passer un jour, je suis perdu. Je navigue à l’aveuglette, donc je dois naviguer chaque jour, sinon je coule.
Ce qui est frappant, c’est que vous n’avez aucune vue d’ensemble sur le livre que vous êtes en train d’écrire… Oui, en effet. Je sais que la plupart des écrivains savent où ils vont. Enfin, un peu… Moi, pas du tout. Tout en sachant, puisque je parviens, je crois, à redresser la barre.
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mars 2nd, 2013 par Jean Sebillotte
L’auteur écrit ici des textes qui sont des petites merveilles de poésie en prose, ou de courts récits poétiques. Le livre est illustré de petites phrases manuscrites comme celle de la couverture. Dans le corps du texte j’ai relevé ceci :
« J’ai lu plus de livres qu’un alcoolique boit de bouteilles. Je ne peux m’éloigner d’eux plus d’un jour…Le poète qui a repeint les appartements du paradis et de l’enfer, je sors ses livres du buffet où ils prennent une teinte d’icône…et délivre deux enfants dont j’époussette le costume avant de les laisser courir dans la lumière…Dante descend aux enfers comme on descend à la cave chercher une bonne bouteille… »
Ces phrases sont extraites de Vita Nova.
Un carnet aux pages bleues, inséré au milieu du livre, est dédié à sa femme, « la plus que vive. »
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novembre 26th, 2012 par Jean Sebillotte
Il n’est pas aisé à tous de s’exprimer sur internet, surtout à notre génération. Il n’est pas non plus aisé de parler à un de ses proches de ce qu’il écrit ou produit. Ceci explique que je recueille de nombreux avis oraux ou écrits tout simplement dans des mails. Je vais tenter d’en traduire certains ici.
1 – A propos de mon blog, cet avis : « Bravo pour ton blog et tout ce qu’il montre de ta vie créatrice et intellectuelle ! Et il est très bien fait. » Voilà qui fait plaisir et qui récompense de l’effort consenti !
2 – A propos de mon roman, j’ai eu certaines conversations avec des proches qui tournent autour de quelques idées centrales.
« Il fallait le faire ! » Autrement dit bravo d’être allé au bout. Fallait-il le publier ? Question que je me pose depuis longtemps (le 10 juin j’évoquais cette question dans ce blog). Dans l’ensemble mes interlocuteurs pensent que j’ai eu raison d’aller au bout, y compris de la publication à compte d’auteur. Moi, je ne sais pas. La question mériterait d’être fouillée. J’esquisse ici quelques considérations à ce sujet. La première : le livre une fois livré au « public » m’est devenu comme étranger et je peux passer à l’œuvre suivante avec l’illusion et la certitude que je l’aborderai avec plus de méthode et de façon plus romancée, en référence à Kundera ― personne n’a réagi à la citation que j’ai insérée dans Henri ou le legs…. ―. De Kundera j’ai retenu qu’il importait d’avoir un thème fort dans un roman. J’en ai trouvé un que je ne dévoilerai pas ici. Bien sûr j’avais le thème du premier roman mais il n’est pas aussi fort que cela. Seconde considération : avec du recul, je m’aperçois que j’ai eu le culot de parler de l’écriture d’un roman alors que j’en écrivais un pour la première fois, et de façon que je juge imparfaite ! Un troisième point de vue : dorénavant mes proches me demandent ce que je vais écrire…comme s’il était normal et légitime que je persévère !
Mon roman serait « autobiographique. » Enfin ce n’est pas exactement cela : il serait « bien de toi, » (c’est moi qui traduis ainsi la pensée de mes interlocuteurs). Plus précisément « on t’y retrouve, on y reconnaît tes idées. » Ou encore : « c’est toi éclaté. » C’est sûrement vrai. Mais il est certain qu’il y a toujours quelque chose de soi quand on écrit…Pourtant que de choses imaginées dans Henri et ses personnages. Aucun qui me soit proche. De Newark et de Bécon-les-Bruyères, je ne sais rien de plus que ce que j’ai écrit. Je n’ai jamais été au Proche-Orient ni au Darfour, ni en Indochine…De la CIA et du pétrole que sais-je ? De la Tunis de ma jeunesse, je n’ai retenu que le nom d’une avenue et d’une famille ! Il est vrai qu’il n’en va pas de même du quartier latin. Quant à Versailles, il m’était commode de l’utiliser puisque j’y habite. En définitive, il y a bien peu de moi, sauf à travers Henri, peut-être, la manie des idées ! Mais suis-je bien placé pour donner un avis ?
L’intrigue étonne. Ce qui me plait. Personne ne m’a dit : « cela me fait penser à… » Voilà un grand compliment non formulé. Il en va un peu de même pour ma peinture et ceci depuis l’origine. De plagiat, point. L’histoire paraît compliquée à certains et presque tous mes lecteurs ont eu de la peine à entrer dans le roman. Là, je me rends compte que j’ai certainement mal goupillé le début, car la suite semble couler plus facilement.
Enfin, mon style n’appelle pas de critiques véritables. Le livre est lisible. Certains ont trouvé qu’il « était bien écrit. » Pour les dialogues, je ne suis vraiment satisfait que du langage de Paulette et du détective final. Voilà une des difficultés du romancier que j’ai découverte et qui me fera beaucoup travailler à l’avenir.
Enfin personne ne m’a dit ou osé me dire : « c’est nul à chier. » Sincérité ou manque de courage ?
Certains par contre ont été sensibles aux fautes d’orthographe et de typographie…
*
Faut-il réécrire un livre déjà publié ? Voici l’avis d’un neveu très cher :
« Je crois du reste, pour ce qui concerne ton roman, et même si je comprends l’envie de le « reprendre », qu’il serait peut-être plus fructueux de te mettre à un autre texte, plutôt que d’en livrer une version de plus. Il est un moment où l’on a « rendu sa copie » et ce qui est perçu comme améliorable est seulement un acquis pour le prochain livre, une conscience de plus de ce qu’est le travail littéraire. De fait, on passe sa vie à se remettre au même « ouvrage », à dire (tenter de) la même chose, mais à chaque fois à partir de briques différentes. Il serait peut-être plus dynamique de démarrer un autre projet, nourri de toute l’expérience acquise, quitte à reprendre des manières et propos déjà travaillés et mis en mots dans cet « Henri » inaugural. Pour ma part, je n’en ai pas encore repris la lecture, car il me reste bien en mémoire (dans ses états antérieurs successifs) et je crains si je ne laisse pas passer un peu de temps, de ne pas être suffisamment « naïf » pour goûter cette version largement revue. »
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Voici un autre échange à propos d’Henri : Tout part d’un mot reçu le 15 octobre 2012
Cher Jean,
J’ai bien reçu votre livre et ai attendu de l’avoir lu pour vous parler. Il est d’une telle richesse et d’une si grande complexité narrative et thématique qu’au début on s’y perd un peu, et que sa lecture demande un constant effort de récapitulation, de repérage, de “rétablissement”. Il y a de très belles pages sur le plan humanitaire et historique, votre expérience est un riche terreau, et on comprend que vous ayez voulu en faire un livre. Mais étant donné la problématique de la narration, et le “mystère” d’un legs qui livre sans livrer tout en livrant, peut-être, le mystère essentiel, j’aurais aimé que votre livre fût plus volumineux, car il me semble que vous pouviez “exploiter” (pardon pour ce verbe) tout ce vécu avec plus de “littérature” (au bon sens du mot, je crois qu’il y en a un…).
On s’attache beaucoup au personnage d’Henri, qui cultive avec un grand art, voire un peu de perversité, les zones obscures de sa vie. Le lecteur que je suis, et qui a beaucoup aimé et étudié l’auteur sous l’auteur, les personnages cachés dans le je, qui cumule l’universalité des pronoms de la conjugaison, a parfois regretté, comme “l’équipe rédactionnelle” de sa vraie-fausse et impossible autobiographie, d’être souvent promené d’une hypothèse ou d’une angoisse à une autre… Même si j’ai été sensible, bien sûr, en tant qu’ancien étudiant parisien, à tout ce qui passe dans votre livre de notre lourd et compliqué passé (le passé ne l’est-il pas toujours) ?
Votre livre est une sorte de gageure, de lutte contre le temps, l’oubli, les erreurs commises ou omises tout au long de nos existences. C’était très audacieux, et je ne vous dirai pas, très franchement, que votre pari est entièrement gagné, mais qu’on ne peut rester insensible à ce que vous avez voulu dire – et qui est si difficile à dire
Ce qui m’a principalement épaté, dans votre livre, qu’on hésite quand même à appeler un roman, c’est votre vaste connaissance de quantité de problèmes politiques, nationaux ou internationaux, que vous exposez parfois de façon trop elliptique ou trop savante pour le lecteur moyen que je suis (en économie en tout cas !), et qui doivent intimider pas mal de “littéraires”. Un peu plus de “lubrifiant” psychologique ou littéraire m’aurait personnellement aidé à suivre le développement et l’action de vos personnages, qui sont très peu décrits “de l’extérieur”…
Ne prenez pas mes remarques, cher Jean, pour une critique négative de votre livre, je vous remercie de me l’avoir adressé et ai pris beaucoup d’intérêt à faire le tour de ce “monument à Henri”. Je me demande même, indiscrètement, comme doit le faire tout lecteur accroché, quelle part de vous-même il y a chez Henri. C’est le grand et éternel secret de la littérature, qui fait semblant de livrer des clés, alors qu’elle verrouille bien davantage les placards avec leurs “cadavres” !…
Un dernier point (mais non le moindre !). Je dois vous avouer franchement que je ne trouve pas l’aspect typographique et orthographique de votre livre “à la hauteur” de son ambition et que, sans être spécialement puriste, je regrette que votre imprimeur n’ait pas eu dans son équipe quelqu’un capable de relire attentivement le texte, pour éviter les très nombreuses coquilles…
Cher Jean, merci encore de votre envoi et de votre confiance, je vous adresse l’expression de mes sentiments les plus amicaux,
Jean-Paul Colin
Ce que j’ai écrit le 18 octobre 2012
Cher Jean-Paul,
Je tarde, je tarde…avec de bonnes raisons. Mais elles n’excuseraient pas un silence trop prolongé.
Votre longue analyse m’a beaucoup plu. OK mille fois pour la forme typographique et orthographique. C’est le piège de l’auto édition !
Sur le volet « autobiographique », je répondrai plus tard.
Reste la longueur, la difficulté d’entrer dans le livre et autres défauts. J’en suis conscient. Je peux même dire que j’en étais conscient au moment du passage à l’acte de l’édition.
Enfin, il y a cette question de la « littérature » et du « roman. » C’est bien difficile. Par analogie je pense à mon fils hautboïste qui se désolait du son de son instrument, son qui n’était pas assez « rond. » Comment définir la rondeur de ce son du hautbois ?
Sachez que je suis tenté par la réécriture partielle de cet ouvrage (en en changeant le titre…simplement). Pour le début du roman je vois bien que j’ai trop compliqué les choses. Il fallait adopter une chronologie différente. Le personnage de François est trop « pâle, » etc. De manière littéraire pourquoi ne pas introduire un narrateur omniscient extérieur au « Je » actuel. Bref il y a des tas de choses à améliorer…
Je complèterai ultérieurement cette réponse rapide !
Très cordialement et mille mercis pour cette lecture attentive et justement critique.
Jean S.
PS – Je me suis lancé dans un blog. En voici l’adresse : https://jean-sebillotte.fr/. Est-il concevable que j’y intègre votre texte ? A moins que vous ne le mettiez vous-même en commentaire ? A moins que vous ne souhaitiez pas de publicité, mais qui connais Jean-Paul sans son nom de famille ?
Réponse de Jean-Paul Colin du 18 octobre
Cher Jean,
Merci de votre réponse, on pourra recauser de tout cela, je pense ! D’accord pour me “faire de la pub avec votre blog ! L’amour-sale d’auteur, on sait ce que c’est ! »
Bien amicalement,
Jean-Paul
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