Je ne me souviens plus comment je suis arrivé sur cette planète lointaine. Une téléportation par la pensée, assortie d’une matérialisation de mon corps, ou comme autrefois un transfert via une navette spatiale. En tout cas je me souviens de ma mission : visiter cette planète, voir où en sont ses habitants, vérifier si les conditions d’habitation seraient compatibles avec une nouvelle colonisation humaine. Bref je me déplace depuis plusieurs jours. J’observe les villages, les habitants qui nous ressemblent comme deux gouttes d’eau et qui vivent de façon paisible, les forêts, quelques animaux étranges dont certains sont sortis de Star Wars.
J’ai discuté avec des habitants, en me faisant passer pour un journaliste venu de Longueville, la seule ville située de l’autre côté de La Grande Mer qui couvre une bonne partie de la planète. Mon accent ne les a pas étonnés, non plus que mon habillement un peu décalé. Ils sont de nature confiante. Ma matérialisation doit être bonne car à l’instar de l’épisode de Loth qui accueille Michel et Gabriel, l’hôte reçoit ses visiteurs sans se rendre compte qu’ils sont « étrangers ». Il les invite à manger et dormir. Toute proportion gardée, c’est un peu pareil pour moi. Notre récente technique de transfert par la pensée de notre être énergétique avec matérialisation à la clé semble au point. J’ai trouvé à me loger et je reviens discuter avec un charmant monsieur du village. La deuxième fois je remarque une jeune fille qui m’observe avec attention. « C’est ma fille, elle est belle ». En effet, une grande brune aux yeux bleus comme on en voit de moins en moins sur Terre.
Très vite la fille s’invite dans la conversation. Ses questions sont surprenantes pour ne pas dire perçantes. Ces gens sont présents depuis 400 ans mais n’ont aucun souvenir de leur origine, sans légende, sans bible. Le programme de colonisation avait prévu un lavage de cerveau. La première colonisation a été ainsi conduite pour voir comment évoluerait naturellement l’implantation. Aymara cite pourtant avec insistance une rumeur qui parle d’une origine externe. Elle m’observe aussi attentivement et émet des doutes sur mon statut de journaliste. « J’ai fait un stage à Longueville, ils n’ont pas votre accent ni vos vêtements ». Elle a raison, j’aurais dû adopter des vêtements locaux. Bref, c’est fichu, semble-t-il. Plus grave, elle tente une approche plus insistante et s’arrange pour nous retrouver très vite seuls ensemble. Est-ce mon charme naturel qui opère ou plutôt son impérieuse curiosité ? Tant et si bien que ce qui devait arriver arriva, elle a pu vérifier que j’étais tout ce qu’il y a de plus normal comme n’importe quel garçon de son espèce. Et elle a apparemment apprécié. Mais l’affaire ne s’arrête pas là, devant sa tendre obstination j’ai fini par avouer l’évidence, je ne suis pas de sa planète.
« Tu va rester ici avec moi ! »
« Mais non, Aymara, j’ai une mission à remplir et je dois rentrer sur Terre, ma planète d’origine. Veux-tu m’y suivre, même si je ne suis pas sûr que le transfert marche pour toi ?»
« Non, je reste, mais tu me dois une compensation, une preuve de ce que j’ai deviné.
Je lui ai donc proposé d’enregistrer une conversation avec moi, micro, caméra, témoins, à charge pour elle de ne diffuser l’information à ses congénères humains que lentement et avec tact pour ne pas bouleverser leur société encore jeune.
C’est ainsi qu’a eu lieu la conversation avec un Terrien.
Je résume.
Oui à la fin du 21 e siècle quand la population terrestre a atteint 10 milliards d’individus et qu’avec le refroidissement climatique intervenu à partir de 2025 les récoltes ont diminué et que la famine s’est installée, il a été envisagé de trouver une planète B pour éventuellement s’y réfugier. Une exoplanète a été choisie et une petite colonie humaine y a été implantée à la fin du siècle, avec des européens et des asiatiques , à l’image des humains qui se trouvent encore aujourd’hui sur votre planète. Depuis, plusieurs missions ont été dépêchées pour voir la situation ici. Mais l’idée d’un déménagement massif a été abandonnée car la population sur Terre s’est stabilisée à 7 milliards d’humains et la mini période glaciaire s’est achevée vers 2100.
C’est peut-être mieux ainsi pour vous car avec l’effet de nombre d’une implantation massive, votre jeune civilisation aurait eu de grandes chances de disparaître et d’être absorbée.
C’est pourquoi il n’est peut-être pas nécessaire de raconter cette histoire. Il est inutile de faire craindre aux humains d’ici un grand remplacement. Mais c’est votre choix.
Du côté Terre, sur la foi de mon avis positif sur la façon dont vous gérez la planète B il est infiniment probable que nos autorités choisiront de ne pas intervenir chez vous et de vous laisser suivre votre propre destin.
Voici ce que m’écrit Michel : « tu avais publié sur ton site une de mes nouvelles parues dans l’Echo: une rencontre inattendue à la Fontaine des Nouettes, joliment illustrée par tes soins. Dans la même veine j’ai écrit il y a quelques années trois autres nouvelles de science-fiction qui constituent une certaine forme de poésie… Les petits textes sont en PJ, conversation avec un terrien, une planète au relief inversé, la roue. »
Je vous livre ici le dernier texte (les autres suivront) :
La Roue
Nous sommes au 23e siècle. Les occupants de la station spatiale orbitale sont agités. Il est question d’un proche transfert. C’est toujours intéressant et attendu : des colis, des nouvelles, des vidéos, des médicaments et autres substances diverses, les intrants pour les bassins de culture, la recharge pour la pile nucléaire, etc. Mais la question obsédante est : combien de transférés ? La prison compte aujourd’hui 760 détenus pour 800 places. Combien sont-ils dans ce transfert ?
La navette a accosté dans la zone technique. Le bruit court immédiatement : « ils sont 40 !», « ils sont 40 !». C’est la consternation. Cela veut dire que les derniers gardiens vont repartir avec la navette et que la station va être définitivement abandonnée. C’était prévu, une surpopulation carcérale n’est pas admissible. C’est donc la fin programmée.
A la fin du 21e siècle, l’ONU avait débattu longuement. Une majorité de nations voulait la fin de la peine de mort. Une autre majorité avait accepté en l’échange de la mise place d’un bagne définitif où la société pouvait se débarrasser pour toujours des récidivistes les plus nocifs et totalement irrécupérables. Il avait donc été discuté un temps des îles Kerguélen, puis décidé de créer une station orbitale d’où personne ne reviendrait. C’est ainsi que la Roue a été créée.
C’est une station orbitale qui comme son nom l’indique a une forme de roue. La zone-vie se trouve sur la périphérie de la roue. La roue tourne autour de son axe pour créer une gravité artificielle. Les hommes circulent sur le pourtour, la tête tournée vers le centre de la roue. Si la vitesse de rotation décroît, les rétrofusées peuvent donner un petit coup de pouce. Ce sont d’ailleurs elles qui ont donné l’impulsion initiale. La zone-vie de la station occupe les 9/10e de la circonférence, la zone technique le reste. Elle comprend les cellules des condamnés , la cafétéria, les salles de sport, les serres pour les légumes et les fruits, les bassins de petits poissons qui se nourrissent des déchets et excréments, les réacteurs d’algues, plus particulièrement les réacteurs de spiruline. Cette cyanobactérie se nourrit du CO2 des occupants et le convertit en oxygène, elle a aussi l’immense avantage de produire des protéines riches. A elles seules ces dernières sont insuffisantes pour nourrir les occupants, il faut compléter avec des oméga 3 et de la vitamine C, c’est le rôle des serres et bassins. Au total l’écosystème fonctionne bien, il a été testé sur les premières colonies martiennes à la fin du 21e siècle. Des panneaux s’ouvrent et se ferment pour simuler le jour et la nuit.
Seulement la station va être abandonnée. Des scientifiques ont émis l’idée d’aller voir ce qui s’y passe après l’abandon. Mais le Conseil de Sécurité a dit non, il faut s’en tenir aux résolutions initiales. De toute façon les occupants, s’ils sont capables de maintenir la station en ordre de marche, et en principe ils en sont capables car ils ont été formés pour ça lors de leur détention, devraient survivre jusqu’à leur mort naturelle. La station comprend des caveaux où les morts et les suicidés sont enfermés, caveaux dépressurisés reliés au froid et au vide spatial.
Que va-t-il se passer vraiment dans ce cercueil collectif ? Avant la Roue il y a eu deux autres Roues 1 et 2 qui ont été abandonnées il y a 30 et 50 ans. Le centre de contrôle de Houston reçoit toujours des images et des messages longtemps après, laissant présumer que la vie subsiste dans ces stations abandonnées.
Chaque année la Société des Auteurs et Poètes de la Francophonie, publie un florilège, ouvrage soigné et précieux. J’y présente un ou deux poèmes. L’ouvrage actuel est conçu depuis dix ans par le présient de l’association, Jean-Charles Dorge à la suite d.O. Furon Bazin. JC Dorge est un poète éminent qui vient d’éditer un nouveau recueil Fleurs de réveil, ce que nous apprend le Florilège. L’ouvrage, outre le mot du Président suivi des actualités de l’associaition, comprend un grand nombre de poèmes (avec un bref portait de chaque poète, dont ceux de Coréens), et offre des Chroniques, des Opinions libres, des présentations de concours, et une rubrique : Lu pour vous. L’ouvrage est illustré par de multiples artistes dont votre serviteur (j’avais donné en début septembre la primeur d’un des dessins à mes lecteurs).
Bref, un ouvrage précieux pour les curieux de la vie d’une association active et féconde !
Fallait-il tuer Christophe Dautheuil pour cette histoire de famille ?
Se procurer ce livre : Editions du bord du Lot
À Versailles : Librairies Antoine et La Vagabonde
À Porchefontaine : LIbrairie de la rue Coste
Et chez l'auteur, contact par mail.
Fred
Se procurer ce livre : Editions du bord du Lot
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