Ce troisième texte de Michel Duthé
Je ne me souviens plus comment je suis arrivé sur cette planète lointaine. Une téléportation par la pensée, assortie d’une matérialisation de mon corps, ou comme autrefois un transfert via une navette spatiale. En tout cas je me souviens de ma mission : visiter cette planète, voir où en sont ses habitants, vérifier si les conditions d’habitation seraient compatibles avec une nouvelle colonisation humaine. Bref je me déplace depuis plusieurs jours. J’observe les villages, les habitants qui nous ressemblent comme deux gouttes d’eau et qui vivent de façon paisible, les forêts, quelques animaux étranges dont certains sont sortis de Star Wars.
J’ai discuté avec des habitants, en me faisant passer pour un journaliste venu de Longueville, la seule ville située de l’autre côté de La Grande Mer qui couvre une bonne partie de la planète. Mon accent ne les a pas étonnés, non plus que mon habillement un peu décalé. Ils sont de nature confiante. Ma matérialisation doit être bonne car à l’instar de l’épisode de Loth qui accueille Michel et Gabriel, l’hôte reçoit ses visiteurs sans se rendre compte qu’ils sont « étrangers ». Il les invite à manger et dormir. Toute proportion gardée, c’est un peu pareil pour moi. Notre récente technique de transfert par la pensée de notre être énergétique avec matérialisation à la clé semble au point. J’ai trouvé à me loger et je reviens discuter avec un charmant monsieur du village. La deuxième fois je remarque une jeune fille qui m’observe avec attention. « C’est ma fille, elle est belle ». En effet, une grande brune aux yeux bleus comme on en voit de moins en moins sur Terre.
Très vite la fille s’invite dans la conversation. Ses questions sont surprenantes pour ne pas dire perçantes. Ces gens sont présents depuis 400 ans mais n’ont aucun souvenir de leur origine, sans légende, sans bible. Le programme de colonisation avait prévu un lavage de cerveau. La première colonisation a été ainsi conduite pour voir comment évoluerait naturellement l’implantation. Aymara cite pourtant avec insistance une rumeur qui parle d’une origine externe. Elle m’observe aussi attentivement et émet des doutes sur mon statut de journaliste. « J’ai fait un stage à Longueville, ils n’ont pas votre accent ni vos vêtements ». Elle a raison, j’aurais dû adopter des vêtements locaux. Bref, c’est fichu, semble-t-il. Plus grave, elle tente une approche plus insistante et s’arrange pour nous retrouver très vite seuls ensemble. Est-ce mon charme naturel qui opère ou plutôt son impérieuse curiosité ? Tant et si bien que ce qui devait arriver arriva, elle a pu vérifier que j’étais tout ce qu’il y a de plus normal comme n’importe quel garçon de son espèce. Et elle a apparemment apprécié. Mais l’affaire ne s’arrête pas là, devant sa tendre obstination j’ai fini par avouer l’évidence, je ne suis pas de sa planète.
« Tu va rester ici avec moi ! »
« Mais non, Aymara, j’ai une mission à remplir et je dois rentrer sur Terre, ma planète d’origine. Veux-tu m’y suivre, même si je ne suis pas sûr que le transfert marche pour toi ?»
« Non, je reste, mais tu me dois une compensation, une preuve de ce que j’ai deviné.
Je lui ai donc proposé d’enregistrer une conversation avec moi, micro, caméra, témoins, à charge pour elle de ne diffuser l’information à ses congénères humains que lentement et avec tact pour ne pas bouleverser leur société encore jeune.
C’est ainsi qu’a eu lieu la conversation avec un Terrien.
Je résume.
Oui à la fin du 21 e siècle quand la population terrestre a atteint 10 milliards d’individus et qu’avec le refroidissement climatique intervenu à partir de 2025 les récoltes ont diminué et que la famine s’est installée, il a été envisagé de trouver une planète B pour éventuellement s’y réfugier. Une exoplanète a été choisie et une petite colonie humaine y a été implantée à la fin du siècle, avec des européens et des asiatiques , à l’image des humains qui se trouvent encore aujourd’hui sur votre planète. Depuis, plusieurs missions ont été dépêchées pour voir la situation ici. Mais l’idée d’un déménagement massif a été abandonnée car la population sur Terre s’est stabilisée à 7 milliards d’humains et la mini période glaciaire s’est achevée vers 2100.
C’est peut-être mieux ainsi pour vous car avec l’effet de nombre d’une implantation massive, votre jeune civilisation aurait eu de grandes chances de disparaître et d’être absorbée.
C’est pourquoi il n’est peut-être pas nécessaire de raconter cette histoire. Il est inutile de faire craindre aux humains d’ici un grand remplacement. Mais c’est votre choix.
Du côté Terre, sur la foi de mon avis positif sur la façon dont vous gérez la planète B il est infiniment probable que nos autorités choisiront de ne pas intervenir chez vous et de vous laisser suivre votre propre destin.
Adieu, mes cousins, je vous aime.
MD
Michel,
Regarde le texte que je n’ai pas modifié. C’est le tien. En tant que lecteur, je trouve que tu aurais pu choisit le 22e siècle pour rendre crédible le refroidissement sans parler de la téléportation, etc.
On n’en est pas là ! Asimov a écrit tout un livre pour montrer les limites physiques (scientifiques) qu’un auteur de SF doit ignorer pour écrire !
C’est poétique en effet !