Catégorie: Poesie

février 2nd, 2019 par Jean Sebillotte

J’ai longtemps buté sur la lecture de Rilke et notamment de ses élégies. Etait-ce la faute de la traduction ? Je trouvais les élégies impossible à lire. Une amie, elle, ne butait pas comme moi sur le texte.

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas tenir compte des « caprices » (?) de l’auteur et des ruptures du texte. La disposition des vers répond peut-être à un impératif de la poésie allemande. je me mis à lire un poème en prose et cela prit sens.

Ainsi dans la troisième élégie, l’avant-dernière strophe est présentée ainsi :

Vois, nous n’aimons  pas comme les fleurs, poussés

par l’unique saison d’une année ; il monte dans nos bras,

      quand nous aimons,

une sève immémoriale. Ô, jeune fille, tout 

ceci : je veux dire qu’en nous nous aimions, non point une être

       unique, et à venir,

Mais la fermentescence innombrable ; non pas un seul 

       enfant,

mais les pères qui sont au fond de nous, couchés

comme les débris de montagne ; mais le lit de fleuve asséché

de mères de jadis ; mais tout

le paysage de silence sur qui est suspendue une fatalité

de nuages ou d’azur – : voici donc, jeune fille, ce qui t’a

        devancée.

Pour la lire, il faut, me semble-t-il, au moins dans un premier temps, ne pas tenir compte de la mise en scène spatiale du poème qui devient alors :

Vois, nous n’aimons pas comme les fleurs poussés par l’unique saison d’une année ;

il monte dans nos bras, quand nous aimons, une sève immémoriale.

Ô, jeune fille, tout  ceci : je veux dire qu’en nous nous aimions, 

non point un être unique, et à venir, Mais la fermentescence innombrable ;

non pas un seul enfant, 

mais les pères qui sont au fond de nous, couchés comme les débris de montagne ; 

mais le lit de fleuve asséché de mères de jadis ;

mais tout le paysage de silence sur qui est suspendue une fatalité de nuages ou d’azur – :

voici donc, jeune fille, ce qui t’a devancée.

J’avoue humblement ne pas toujours bien comprendre ce souci spatial de nombreux poètes contemporains. Parfois cela s’impose, parfois cela ne semble rien ajouter. C’est ici, d’autant plus vrai que le poème en allemand ne semble pas l’exiger.

A toi, lecteur de me dire ce que tu en penses, si tu as lu les Élégies.

 

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octobre 18th, 2018 par Jean Sebillotte

Je publie ici un poème écrit sur la base d’un échange (difficile) à propos d’un passé évoqué.  la solitude est notre lot, chacun le sait. Plus encore, nous héritons parfois d’événements du passé familial. Certains estiment que cela influe sur notre vie tout en restant invisible, imperceptible au sens fort.

Comment se transmettent ces choses ? Nul ne peut le dire, semble-t-il.

 

L’inconscient ses grottes et ses gouffres

Cette émotion émergeant si violente

Imméritée autant que fulgurante

Tu l’as masquée par la peur des regards

Par la crainte de quelque père fouettard

 

Avais-tu compris des morts l’héritage

Et ces gouffres obscurs dont le message

Peut jaillir en toi comme les bouffées

D’un passé ignorant les douces fées

 

Ces histoires inconsciemment héritées

Ces grottes noirâtres par toi abritées

Peuvent t’habiter et sans mélodrame

Te faire héritier d’un bien sombre drame

 

On t’enseigna à vivre en société

Bridant ce qui paraissait impiété

Il fallait qu’elle apparût simplissime

Cette vie ignorant son propre abîme

 

Soudain habité de démons obscurs

De sentiments jaloux acerbes impurs

Tu étais réduit sous un masque lisse

A vivre en refusant ton propre abysse

 

Ne sachant pas le legs à toi transmis

D’un méfait par quelque ascendant commis

Tu auras donc vécu dans l’ignorance

T’interrogeant sur ta grande souffrance

 

Plutôt qu’être de soi-même le juge

Il faut comprendre par quel subterfuge

Par quel mécanisme et par quels dessous

L’inconscient encore se joue de nous

Jean Sebillotte

mai 2018

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février 15th, 2018 par Jean Sebillotte

Les 10 et 11 mars 2018, la Société des Poètes Français devient l’organisatrice des 18èmes Rendez- vous des Auteurs et Poètes de la Francophonie qui auront lieu à CABOURG (Calvados), ville côtière normande évocatrice d’une belle époque de la vie culturelle française… Ces RENCONTRES POÉTIQUES seront marquées par la présence d’une dizaine d’associations représentées. L’intention de la Société des Poètes Français est, avant tout, de porter haut les couleurs de la poésie et d’aller au-devant du plus large public possible.

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février 4th, 2018 par Jean Sebillotte

Nous apprenions la langue, la rime et la cadence,

Et le mètre des vers, et les chants et la danse.

Nous étions des enfants, inconscients, turbulents,

Qui pratiquaient les jeux qu’ils jugeaient excellents.

Boileau, nous n’apprenions pas assez ton message

Car c’était un devoir, il fallait être sage.

C’est en devenant vieux qu’on admet la raison.

Les ans ralentissant nous octroient des saisons

Qui donnent le loisir de polir notre langue,

D’écrire sereinement  dans un monde qui tangue.

A mon âge avancé, je reviens aux anciens,

Les savants, les instruits, les académiciens.

Voilà pourquoi, Boileau, je retrouve ta science.

Et,  à tes préceptes, vois,  je fais allégeance.

Cependant après toi tout serait-il ringard,

Et fixées pour toujours  les règles de notre art ?

Elles ont leur intérêt, qui n’est plus à prouver,

Mais il y a des ailleurs insolites à trouver.

Et je n’aime pas que tu t’en prennes à Ronsard.

Tu es bon poète, mais, là, bien trop vachard.

 

JS – 31 janvier 2018

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février 4th, 2018 par Jean Sebillotte

Poète d’instinct et apprenant toujours  mon art (est-on jamais certain de ne plus progresser ?), je réfléchi depuis peu sur la poésie comme genre littéraire. Je me suis donc procuré  les deux livres présentés dans le titre.

J’ai découvert que le texte d’Aristote est court (53 pages dans mon édition pour 26 petits chapitres)  comme celui de Boileau (31 pages pour 4 chants).

Mais le texte du philosophe antique fait l’objet d’analyses savantes. L’ouvrage du Seuil fait 465 pages ! Que pourrais-je ajouter à toute cette science ? Aristote  pointe les similitudes entre les arts (peinture, musique, danse, recours à la voix). La première est liée au fait « qu’ils sont des représentations » ; « Mais, ajoute aussitôt Aristote,  il y a entre eux des différences de trois sortes : ou bien ils représentent par des moyens autres, ou bien ils représentent des objets autres, ou bien ils représentent autrement, c’est-à-dire selon des modes qui ne sont pas les mêmes. » … « Les uns usent  des couleurs et des figures alors que d’autres usent de la voix…. Tous  réalisent la représentation au moyen du rythme, du langage ou de la mélodie, mais chacun des ces moyens est pris soit pris séparément soit combiné aux autres. » Il remarque qu’à son époque on nomme poésie toutes les œuvres qui recourent au mètre. Lui considère qu’écrire un traité de médecine en usant du mètre ne ressort pas de la poésie. Dans celle-ci il y a « le rythme, le chant et le mètre ». C’est ainsi que je comprends le chapitre 1.  A partir de là, Aristote développe de façon considérable l’analyse de ce que je nommerai le théâtre (comédie, tragédie) sans oublier divers genres comme l’épopée. Il fait une grande place à Homère et analyse les œuvres majeures de son époque.

Le texte de Boileau est bien plus technique et normatif. Il introduit la rime pour caractériser la poésie, ce que ne fait pas Aristote.

              Quelque sujet qu’on traite, ou plaisant, ou sublime,

             Que toujours le bons sens s’accorde avec la rime.   

Il introduit le style et insiste sur son importance, ainsi que sur la cadence (le rythme ?) :

             Ayez pour la cadence une oreille sévère

Il faut se méfier du heurt des voyelles et le choix des mots importe :

             Fuyez des mauvais sons le concours odieux

Certains passages du 1er chant sont  très connus :

            Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,

            Fit sentir dans ses vers une juste cadence,

            D’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,

            Et réduisit la muse aux règles du devoir.

C’est aussi là qu’on trouve les vers fameux :

            Avant donc que  d’écrire, apprenez à penser.

           Selon que notre idée est plus ou moins obscure,

           L’expression la suit, ou moins nette ou plus pure.

           Ce que l’on conçoit bien  s’énonce clairement,

           Et les mots pour le dire viennent aisément.

Et ceci :

           Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,

          Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

          Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

         Ajouter quelquefois, et souvent effacez. 

Tout ceci nous parle. Mais dans le chant II certaines affirmations me choquent comme le rejet de Ronsard et l’éloge absolu de Régnier. Il m’apparaît aussi que Boileau pense beaucoup à l’alexandrin, ce en quoi il écrit.  Dès le chant III, on aborde comme chez Aristote le théâtre et les règles classiques, puis Boileau se livre à l’analyse des œuvres.

En conclusion, il est intéressant à un poète d’aujourd’hui de relire Boileau sans remonter à Aristote !

JS

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